De plus en plus d’économistes s’intéressent à la place des animaux dans la société et c'est un nouveau champ de recherche à part entière.

L'économie de la condition animale
L'économie de la condition animale © Getty / Dave G Kelly

Romain Espinosa est  chercheur  CNRS en économie au  CREM, Centre de recherche en économie et management à Rennes.  Spécialiste des mécanismes de prise de décisions et des méthodes expérimentales, ses travaux portent sur l’alimentation et la condition animale : choix alimentaires, biais cognitifs, préférences politiques et sociales.  Il est l’auteur de « Comment sauver les animaux ? Une économie de la condition animale ». Ed  PUF

L'économie de la condition animale s’intéresse  à l’univers qui se situe entre l’interface de la science économique et de la condition animale.  Romain Espinosa examine les conditions dans lesquels les animaux vivent aujourd’hui en France et la manière dont nous pouvons les aider. Il analyse également  les freins à l’amélioration du bien-être animal et comment nos actions peuvent lever certains de ces obstacles.  Il étudie les actions que nous pouvons entreprendre pour venir en aide aux animaux.  La particularité de la science économique est qu’elle cherche avant tout à améliorer la société. Il existe des théories qui réfléchissent  aux obstacles auxquels l’amélioration  de la condition animale fait face aujourd’hui en France, des théories comme la dissonance cognitive, ou comme celle du bien public  et des concepts économiques comme le bien-être social, l’utilité, la volonté à payer. 

Quand on connait le sort des animaux,  que nous apporte  la science économique ? Qui devrions-nous protéger en priorité ? De quelles attitudes dépend le bien –être animal dans nos sociétés ?  Aujourd’hui, une très large majorité de Français se déclarent soucieux du bien-être animal.   En 2019, 9 français sur 10 déclarent que la cause animale est importante à leurs yeux, 91% s’opposent au commerce de la fourrure, 88% sont contre l’élevage intensif, 81% sont contre la chasse,   75% contre la corrida… donc des chiffres qui attestent une demande sociale . Il semble que la vision la plus répandue du bien-être social en France est celle de l’universalisme anthropocentrique.  Mais il y a ce fameux paradoxe de la viande...

Qu’est-ce que le paradoxe de la viande ?  Une large consommation de produits issus de l’élevage intensif s’oppose à la volonté de 88% de français de voir les animaux maltraités. Une schizophrénie entre notre souci pour le bien-être animal et les conditions d'exploitation intensive des animaux  a été désignée le paradoxe de la viande par les chercheurs. La question fondamentale est pourquoi les individus altruistes continuent à imposer de telles conditions de vie aux animaux qu’ils aiment et qu’ils disent vouloir aider ; c’est qu’on appelle aussi un fossé comportement-intentions. Une des théories, qui explique ce paradoxe,  est la dissonance cognitive. 

La dissonance cognitive est qui rend compte de ce fait qu’il nous arrive d’être   dans des situations où nous désirons faire des choix contraires à ce que nous préconisent nos valeurs. Nous nous trouvons dans une tension psychologique désagréable appelée dissonance cognitive. Adopter un comportement qui concorde avec nos injonctions  morales nous coûtent psychologiquement et on n’a pas tous la volonté de le faire. Ainsi on est tenté de réajuster nos injonctions morales de sorte que notre comportement ne nous paraisse plus si condamnable. On s’engage dans un raisonnement auto-complaisant qui vise, soit à redéfinir nos principes moraux,   soit à nous mentir sur les implications de nos actes. Ainsi, en redessinant la portée de nos principes moraux,, on exclue les animaux de la sphère morale . Dès lors , nous n’avons plus  d’obligation envers eux et il devient possible de manger de la viande...

Les organisations de défense des animaux  comme la SPA,  GroinGroin ou  L214, constituent le principal moteur de l’amélioration de la cause animale dans nos sociétés.   Il y a les welfaristes et les abolitionnistes, qui n'ont pas les mêmes objectifs. L214 est une association emblématique  avec des stratégies de communication mixtes, welfariste et abolitionniste. Ces associations permettent de lever des freins a l’amélioration du bien-être animal car elles sont le principal vecteurs d’information pour le grand public et luttent ainsi contre l’ignorance feinte. Ces lanceurs d’alerte et  leur vidéos, comme L214, montrent ce qui se passe réellement dans les exploitations et les abattoirs . Ces vidéos répondent a des objectifs sociaux qui est de mettre en lumière des pratiques qui ne respectent pas les règlementations et pour lesquelles les contrôles de l'état sont défaillants. Ces vidéos ont eu un effet considérable sur l’opinion publique et pour la prise de conscience, elles diminuent l’ignorance sincère et réduisent les possibilités de dissonance cognitive car elles mobilisent l’empathie émotionnelle.

Avec 

Romain Espinosa, chercheur en économie au CNRS, au CREM, Centre de recherche en économie et management à Rennes. Spécialiste des mécanismes de prise de décisions et des méthodes expérimentales. Ses travaux portent sur l’alimentation et la condition animale : choix alimentaires, biais cognitifs, préférences politiques et sociales.  Il est l’auteur de Comment sauver les animaux ? Une économie de la condition animale (Editions PU).

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