L'abeille noire est une abeille qui a été façonnée par le froid polaire, elle a traversé deux glaciations et a développé, au cours de son évolution, des comportements héréditaires, tels que la frugalité et la rusticité. Inféodée à son biotope, elle intéresse les apiculteurs qui renouent avec une apiculture ancestrale.

Des abeilles noires dans un rucher près de Pont-de-Montvert, Lozère, septembre 2018
Des abeilles noires dans un rucher près de Pont-de-Montvert, Lozère, septembre 2018 © Maxppp / GUILLAUME HORCAJUELO

Yves Elie est documentariste de métier, pendant des années il a filmé des naturalistes, des apiculteurs professionnels. Un jour, en 2006, de retour dans les Cévennes, sa terre natale, il décide de passer de l’autre côté, celui des faiseurs de miel. À la suite d’un documentaire où il rencontre Paul l’Ancien, il rencontre aussi une apiculture proche des pratiques ancestrales, loin de la filière apicole moderne, et fait la connaissance des abeilles noires et de leurs singularités.

La vallée de l’abeille noire (Actes Sud) mêle récits d’expériences sur les pratiques de l’apiculture ancestrale naturaliste par le rucher-tronc, poésie, vie des abeilles et détails techniques sur les caractéristiques de l’abeille noire. 

“S’intéresser au rucher tronc c’est conserver l’ensemble des pratiques, des savoir-faire ancestraux qui ont permis pendant des millénaire la coexistence de l’homme avec cette abeille.”

Il s'agit de sensibiliser aux menaces qui pèsent sur elles et aux espoirs qui peuvent être fondés sur cette abeille sauvage, autonome et adaptative, dans la pérennisation d’une apiculture locale

L’écriture de ce livre est en lien étroit avec des travaux de Lionel Garnery généticien, qui veille à monter des conservatoires pour sauvegarder ces abeilles noires inféodées à leur biotope, une qualité qui leur permet de s’adapter aux changements climatiques à venir sans assistance de l’Homme.

L'importation d'abeilles à partir des années 80 pour augmenter la production de miel a eu pour effet de nécessiter un sur-nourrissement en sirop : "On est arrivé à ce que l’apiculture française consomme autant de sucre qu’elle ne produit de miel, ce qui altére le produit miel." affirme Lionel Ganery

La question que pose le livre : "est-il possible de vivre aujourd’hui de l’apiculture tout en respectant la biologie de l’abeille noire et des populations de pollinisateurs sauvages environnants, comme le faisaient les apiculteurs des siècles passés ?"  

L'intérêt est de sensibiliser au fait que les abeilles mellifères, qui sont à l'interface entre le sauvage et le domestique, doivent conserver leurs caractères rustiques et sauvages. Cela implique qu’elles ne soient pas trop hybridées pour qu’elles gardent leurs qualités adaptatives acquises au cours des milliers d’années traversées dans leur évolution, pour répondre aux enjeux climatiques de demain.  

L’Apis mellifera mellifera est un joyau de complexité et de l’évolution.

Avec

  • Yves Elie, documentariste, apiculteur dans les Cévennes et auteur de La vallée de l’abeille noire (Actes Sud éditions). 
  • Lionel Garnery, généticien des populations et évolutionniste, enseignant-chercheur à l’Université de Versailles, détaché de recherche au CNRS et président de la FedCan.
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