L'archéologue Anne Augereau questionne la place de l’homme et de la femme au Néolithique dans "Femmes néolithiques". Le genre dans les premières sociétés agricoles » au CNRS ÉDITIONS.

L'archéologie du genre à la recherche de la domination masculine. Statuette en terre cuite connue sous le nom de "Sleeping Lady". Préhistoire, Malte, Néolithique, dans l’Hypogée de Ħal Saflieni
L'archéologie du genre à la recherche de la domination masculine. Statuette en terre cuite connue sous le nom de "Sleeping Lady". Préhistoire, Malte, Néolithique, dans l’Hypogée de Ħal Saflieni © Getty / DEA / A. DAGLI ORTI / Contributeur

L’archéologie du genre : questionner la place de l’homme et de la femme au Néolithique

La domination masculine a t elle toujours existé ? Quelle était la place des femmes  dans les premières  sociétés agricoles du Néolithique ? Anne Augereau est archéologue à l’Inrap, spécialiste du Néolithique, de technologie lithique, d’archéologie funéraire et d’archéologie du genre. Elle est l’auteur de "Femmes néolithique. Le genre  dans les premières sociétés agricoles" au CNRS ÉDITIONS et s'est interrogée sur la condition des femmes dans notre monde occidental. Le Néolithique, avec son cortège de bouleversements tels que la sédentarisation et l’éclosion de l’agriculture et de l’élevage, est sans doute une des périodes parmi les plus importantes pour comprendre comment et pourquoi  la  société occidentale  est  encore  aujourd’hui configurée de cette manière. Car tout changement, qu’il soit économique, technique, culturel, a des retentissements dans les rapports sociaux et, en particulier, dans les rapports entre les femmes et les hommes.

L'archéologie du genre : Le genre n’a d’existence que s’il est matériellement  visible 

Et  la  culture  matérielle  qu’étudie  l’archéologie  se  prête  singulièrement à une démarche de genre, même non explicite. Les  sites  funéraires  ont  livré  un  minimum  de  3 000 individus. La matière humaine pour étudier le genre y est donc riche et variée. Il  est  courant  de  retrouver  dans  les  tombes  des  éléments  du  costume et des objets d’affichage social d'individus ayant vécu durant la période dite du Rubané. 

Le Rubané, une culture forte au Néolithique

L’arrivée  du  Néolithique  en  Europe  s’effectue  en  deux  millénaires  à  partir  de  6800  av.  notre  ère.  Une  première  vague  de  migrants passe par la Méditerranée. Ainsi, aux VIIe et VIe millénaires,  les  Balkans,  le  sud  de  l’Ukraine  et  les  rives  de  la  Méditerranée sont les premières régions touchées. Ensuite, au VIe millénaire, une seconde vague remonte le Danube depuis la mer Noire. Ce Néolithique dit danubien, dont fait partie le Rubané,  se  développe  alors  sur  l’entièreté   de   l’Europe   centrale,   jusque   dans   le   Bassin   parisien. Les  données  archéologiques  indiquent   une  forte  unité  culturelle  du  Rubané. Dans les tombes , on retrouve poteries,  parures  et  ornements  en  coquillage,  en  pierre  ou  en  matière  osseuse animale, herminettes et autres haches polies en roche tenace,  lames  débitées,  armatures  de  flèche  et  de  faucille  en  silex,  instruments  en  matière  osseuse,  nécessaires  à  briquets  à  percussion  (nodules  ferreux  et  objets  en  silex  portant  des  traces d’impact), meules dormantes en roche grenue, molettes et broyons, colorants tels que le graphite mais surtout l’ocre en poudre ou en nodules, et enfin, rares restes fauniques

Les biens funéraires accompagnant les 378 individus "rubanés" étudiés présentent des disparités  significatives

Un premier élément de différence entre les hommes et les femmes repose sur une plus grande abondance de biens funéraires dans le groupe masculin . Certains  hommes  se  distinguent  par  un  équipement  mortuaire  diversifié  réunissant  plus  de  deux  catégories  de  mobiliers  :  les  haches  et  herminettes  polies  en  font presque toujours partie, aux côtés d’éléments de parure, d’outils   en   silex,   d’outils   en   os   ou   encore   de   nécessaires   à    briquet à percussion. Les  biens  d’équipement  des  femmes  sont  réduits à 14 objets pour 107 individus, toutes traditions confondues. Les  femmes,  elles,  ont  à  leur  disposition  une  gamme  d’outils  ubiquistes  dont  l’une  des  caractéristiques  fonctionnelles  est  qu’ils  sont  utilisables en percussion posée ou en percussion lancée diffuse : poinçons  en  os,  meules  en  grès,  lissoirs,  broyons,  éclats  de  silex,  etc. On trouve aussi des ornements sur  quelques femmes richement parées de coquilles d’origine atlantique et d’origine méditerranéenne, et des matériaux rares (craches de cerf ) ; elles possèdent  aussi  toute  la  panoplie  des  parures  les  plus  courantes  que l’on retrouve sur les autres femmes : plastrons, bracelets ou appliques, colliers ou broderies.

À la recherche de la domination masculine

Le  système  social  semble  surtout  s’organiser   autour   d’une   figure   masculine,   d’un   individu   distingué  entre  tous,  peut-être  singulier  par  sa  naissance,  son  ascendance,  son  courage.  L’émergence  de  femmes  et  d’hommes  parés  et  la  disparition  des  marqueurs  de  virilité  des contextes funéraires à l’extrême fin du Rubané pourraient alors  indiquer  que  l’on  passe  d’un  système  reposant  sur  la  figure  masculine  personnifiée  par  un  individu  à  un  système  d’identité  de  caste,  coiffant  d’autres  groupes  sociaux  réunis  sous son autorité.

Avec

Anne Augereau, archéologue à l’Inrap, spécialiste du Néolithique, de technologie lithique, d’archéologie funéraire et d’archéologie du genre. Elle est l’auteur de "Femmes néolithiques. Le genre dans les premières sociétés agricoles" au CNRS ÉDITIONS

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