Chat de rue et de ferme, chat de compagnie, chat compagnon ou « chatchien », les chats montrent une grande plasticité de comportement. Le livre « Cultures félines (XVIIIe-XXIe siècle) Les chats créent leur histoire » d'Eric Baratay établit que les chats ont leurs cultures, changeantes, et donc leur histoire.

Ethologie des chats
Ethologie des chats © Getty / Younn Hazo / 500px

Grise, Bibiche, Moumoutte Blanche, Dewey ou Trin... sont des chats que nous rencontrons tout au long de cette promenade historique que propose l'historien Eric Baratay dans son dernier livre : Cultures félines (XVIIIe-XXIe siècle) Les chats créent leur histoire paru au Seuil.  

Apres avoir publié  Bêtes de somme. Des animaux au service des hommes, (Seuil, "Points Histoire", 2011),  _Le point de vue animal, une autre version de l’histoire _ (Seuil, 2012), Biographies animales, des vies retrouvées (Seuil, 2017) Eric Baratay  s'interesse plus particulierement aux chats, ceux qui ont vécu au XVIIIe, au XIXe, au XXe siècle et aujourd'hui. Ce livre d'ethnologie historique raconte la construction, la transformation des attitudes félines et leur fluctuation tout au long de ces derniers siècles jusqu'à nos jours. 

Nos félins actuels ne sont pas ceux du XVIIIe ! 

Nicolas Contat  raconte Grise, chatte tuée par deux ouvriers apprentis dans une imprimante parisienne des années 1740. A l'époque, le chat est l'animal le moins apprécié des animaux domestiques, il est diabolisé, vu comme porteur de malheur, miaule la nuit, les femmes tombent en syncope à sa vue, il est diabolique donc massacré et brûlé... 

Paul Léautaud employé au Mercure de France consigne de multiples faits de chiens et de chats errants pour lesquels il éprouve de la pitié. 

A cette époque, les humains ne s'intéressent pas aux chats. Se développent discrètement des pratiques de protection animale dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l’impulsion de l'exemple anglais, de la création de la Société protectrice des animaux en 1845, du vote d’une loi réprimant les violences publiques sur les animaux domestiques en 1850 et de la fondation d’autres associations à la fin du siècle. 

La situation des chats à la fin du XIXe siècle est encore rude, mais elle s’améliore, on ne les brûle plus...

On va même jusqu'à les adopter pour certains. Ils s'ajustent, se lient petit à petit aux humains et certains réussissent à devenir des chats de maison. Moumoutte Blanche vit chez Pierre Loti et il est un chat angora réputé paresseux indolent somnolant, un chat  avec qui on entretient des relations distantes comme on le fait au sein de sa famille. 

L'essor de cultures anthropisées (milieu du XXe /XXIe siècle)  

La vie des chats de compagnie est de moins en moins autonome et de plus en plus artificielle, comme celle de leurs maîtres. Le chat subit une évolution décalquée de celle des humains : industrialisation de l‘alimentation alors que la souris se fait rare de l'habitation, développement du chauffage et du toilettage, contraception par stérilisation, médicalisation croissante, traitements funéraires... 

Le chat est devenu l’ami de la famille comme Miton, enfermé dépendant, le  chat de Marie Dormoy qui lui consacre un des premiers ouvrages consacrés à un chat. 

Elle  veut un ami dans son appartement et il ne sort jamais. Cette exigence est encore marginale et Miton se façonne et répond à cette exigence. Balcon, fenêtres, pas de contact avec d’autres chats, castré... Ce chat ne vit que quelques sorties mais toujours avec Marie qui le cantonne et le surveille. Dewey, chat de gouttière recueilli par Vicki est un chat collectif qui vit dans une bibliothèque. Il révèle l'état d'une société occidentale entre fin du XXe et début du 21ème,  prête à intégrer à accepter vivre collectivement le statu du chat ami, et cela devient une normalité comme pour les chiens entre le milieu du XIXe et du XXe siècle. Dewey montre aussi le statut du chat enfant, membre d'une famille alors que le chien l'eut obtenu dans la seconde moitié du 20ème. Ces chats au nouveau statut et aux nouvelles manières sont des biens précieux pour les humains alors que les propriétaires d’autrefois voulaient vite s’en débarrasser.

Et il y a les Chatchiens d'aujourd'hui !  

On voit une forte augmentation des effectifs de chats qui vont  remplacer des toutous devenus encombrants :   des chats jugés plus pratiques, plus interactifs, plus proches, plus joueurs, plus liés,  plus semblables aux chiens de compagnie.... ce sont les "chatchiens" ! Mais qu’est-ce qui fait que les chats anthropisés deviennent de plus en plus nombreux ? Il y a évidemment la transmission par la sélection humaine individuelle et sociale, faite par des éleveurs et des acheteurs  qui privilégient des individus adaptés à la demande d’origine culturelle. Et si la tendance se poursuit, les chats vont devenir des chiens comme les autres ! La pratique de la laisse est encouragée... Comme les chiens, les chats concernés apprennent, comprennent et coopèrent.

Avec : 

  • Eric Baratay,  Membre de l’Institut universitaire de France, professeur d’histoire à l’université de Lyon, spécialiste de l’histoire des animaux, Eric Baratay  est l’auteur de « Cultures félines (XVIIIe-XXIe siècle) Les chats créent leur histoire » au Seuil .  Il a notamment publié Bêtes de somme. Des animaux au service des hommes, (Seuil, "Points Histoire", 2011),_ Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire _(Seuil, 2012), _Biographies animales, des vies retrouvées _(Seuil, 2017). 
  • Claude Béata est vétérinaire spécialiste en médecine du comportement. Son dernier livre est    « Au risque d’aimer, des origines de l’attachement aux amours humaines » Ed Odile Jacob et le prochain " La folie des chats «  sortira au mois de juin chez Odile Jacob
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