En juin 2019, dans le cadre de la première Biennale d’architecture et de paysage d’Ile-de-France, à la question d'une personne du public sur ce qu’il pensait du chantier de reconstruction de Notre-Dame, Gilles Clément répondit « Puisque la lumière est enfin entrée dans ce lieu, il n’y a qu’à en faire un jardin !"

Une illustration extraite du livre "Notre-Dame-des-Plantes" de Gilles Clément
Une illustration extraite du livre "Notre-Dame-des-Plantes" de Gilles Clément © Éditions Bayard

De Notre Dame de Paris à Notre Dame des Plantes. Comment le jardinier paysagiste Gilles Clément a rêvé le jardin planétaire qui transformerait la cathédrale parisienne en Notre Dame des Plantes ? 

Suite à l'incendie de la cathédrale Notre-Dame en avril 2019 et  dans le cadre de la première Biennale d’architecture et de paysage d’Ile-de-France qui se tenait au Potager du Roi à Versailles, à la question posée par une personne du public sur ce qu’il pensait du chantier de reconstruction de Notre-Dame, Gilles Clément répondit : 

Puisque la lumière est enfin entrée dans ce lieu, il n’y a qu’à en faire un jardin ! 

Un jardin avec des espèces d’une diversité capable de vivre sous le climat changeant de Paris, sans assistance obligée. Quelques arbres pour atténuer les brulures du soleil, une série de buissons de textures variées, des fruits, des légumes, des herbes de vie et des fleurs partout. Et pourquoi pas une vigne pour faire du vin de messe ? Est-ce envisageable ?.... En tout cas, cela ne sera pas un projet de reconstruction à l’identique, sans aucune sollicitation de l’imaginaire.  Mais pour l’instant il ne s’agit que d’un rêve...

Entrons dans ce jardin planétaire paradisiaque 

Le jardin global Notre-Dame des Plantes se divise en trois parties

Le premier est le jardin d’approche. Cet espace occupe le parvis de la cathédrale. Il est divisé en sept surfaces plantées et sept espaces libres où les visiteurs peuvent s’installer, se reposer, lire, dormir ou travailler. Cette particularité évoque le principe de brassage planétaire, — un partage à grande échelle — dynamique naturelle au jardin. Dans le Jardin d’approche, ce chiffre permet de faire apparaître les sept principales variétés de pommiers dont les fruits que l’on peut manger avec bonheur ne sont plus les sources possibles d’un péché capital mais une source naturelle d’équilibre. 

Puis la Serre avec un  jardin intérieur occupant la nef. L’espace n’est pas large mais il permet de planter des lianes, des arbustes et des plantes herbacées sous la lumière du toit de verre. Les lianes principales sont la vigne dont on peut faire du vin de messe et la passiflore pour ses fleurs généreuses dont la structure renvoie à la croix. Le bassin rond vers l’abside est un jardin d’eau mais aussi un bénitier. Le but n’est pas de sacraliser les espèces qui vivent en ce milieu mais d’évoquer le pouvoir purifiant des végétaux, seuls capables de dépolluer les milieux vivants sans assistance humaine. La Victoria, nymphéacée géante unique au monde est là pour étonner et forcer l’admiration. 

Puis on sort vers Le Jardin libre . Encore appelé Jardin des « antipapes », qualificatif attribué à toute une liste d’évêques se déclarant pape avant d’être élu, il occupe la partie est de l’île de la Cité. Le Jardin libre se développe au-delà de l’abside, longe la Seine et permet un accès au fleuve par deux volées de marches spécialement créées à cette fin : atteindre l’eau et découvrir les possibles lointains du Jardin planétaire. Le Jardin libre est volontairement déconstruit, mêlant toutes les strates végétales en laissant une place importante aux grandes graminées afin de valoriser « l’herbe ».

Comment le jardinier paysagiste Gilles Clément a rêvé le jardin planétaire qui transformerait la cathédrale parisienne en Notre-Dame des Plantes ?
Comment le jardinier paysagiste Gilles Clément a rêvé le jardin planétaire qui transformerait la cathédrale parisienne en Notre-Dame des Plantes ? © AFP / ANTOINE MERMET / HANS LUCAS

Avec

Gilles Clément, jardinier, paysagiste et écrivain. Il a enseigné à l’Ecole nationale supérieure du Paysage à Versailles. Il est l’auteur de "Notre-Dame-des-Plantes" (Ed Bayard). On peut aussi lire "Jardins, paysages et génie naturel" sa leçon inaugurale au Collège de France (Ed Fayard)  et "L’effaceur" (Ed Sens et Tonka).

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