Recouvrant près de 8 % des terres émergées, le lichen est un être vivant qui devrait nous paraître familier. Mais, discret, il en est devenu insignifiant, invisible. Or, plus nous nous en approchons, plus se révèlent ses beautés, ses mystères, son étrange pouvoir d’attraction.

Mi- algue, mi- champignon, le lichen  pourrait bien révolutionner notre conception du vivant et remodeler nos imaginaires…  

C’est ce que propose Vincent Zonca auteur   «de  Lichens Pour une résistance minimale « Ed Le Pommier,    consacré au lichen.   Fruit de plusieurs années d’enquête sur plusieurs continents, il propose une réflexion originale, buissonnière et, comme son objet, « symbiotique », mêlant avec jubilation les cultures et les savoirs comme la biologie, la poésie, la littérature, la philosophie, l'écologie ou encore les arts plastiques. 

Il y  a tellement de choses à raconter sur le lichen ! Il est invisible mais il est partout : 8 % des terres immergés! L’hiver est propice aux lichens : les arbres perdent leurs feuilles et les lichens éclatent de toutes leurs formes extravagantes  et leurs couleurs .Ce sont des « feuilles de l’hiver » dit Thoreau , et il est sujets d’étude pour les botanistes et artistes  dans leurs promenades hivernales. Le lichen est ce qui persiste quand toute trace de vie a disparu et il devient visible. 

Le poète chinois Qianlong  en 1743  le décrit comme un parasite affamé… Il est confondu avec la mousse ou l’écorce des forêts, n'a pas d’identité propre. Dans l’histoire naturelle, d’abord (dé )classé parmi les plantes dites inférieurs, il a été déconsidéré, en bas des « végétaux » il est le produit de la putréfaction.  Un botaniste suisse Simon Schwendener proposa une réponse en forme d’évolution. Il avait observé une dualité de structure sous le microscope : le lichen mélange des filaments translucides, qui rappellent les filaments végétatifs des champignons. Il proposa lors d’une conférence en 1867  que les lichens seraient en réalité l’association d’une algue capable de photosynthèse (les cellules vertes) et d’un champignon les enchâssant dans une structure formant le lichen.. il dit que le lichen ne doit pas être vu comme un organisme autonome mais comme un champignon connecté à des algues . C’est la théorie du « schwendenérisme », d’abord critiquée par un autre lichénologue  finlandais William Nylander qui trouva sa théorie farfelue ! Au début du 20 eme, un autre botaniste français   Gaston Bonnier réalisa la re-synthèse de lichens : il reforma des lichens en partant de champignons et d’algues, d’abord cultivés séparément, puis remis en culture conjointe. Aujourd’hui, le nom du lichen » est en fait celui d’un champignon. Cette controverse historique sur la nature des lichens, à présent conclue à l’avantage de Schwendener, montre que  contre toute idée établie alors, des organismes microscopiques peuvent réaliser ensemble une structure visible à l’œil nu, dotée de sa forme propre, où ils vivent ensemble, jamais seuls.

Le lichen une espèce sentinelle : La partie champignon des lichens pompe et filtre tout ce qui se trouve dans l’atmosphère. Les lichens fixent et concentrent la plupart des polluants atmosphériques. La sensibilité à la pollution est variable en fonction des espèces. C’ est pourquoi les lichens sont utilisés comme détecteurs pour étudier l’intensité des différents types de pollution atmosphérique. Ainsi le nombre de lichens des écorces des arbres diminue-t-il de la périphérie des villes vers le centre. Des cartes des pollutions ont été réalisées en de nombreux points de la planète. Au Japon, les lichens sont utilisés au Japon pour mesurer le taux de Césium 134 et 137 après la catastrophe d’Hiroshima.  En Finlande, on l’utilise pour mesurer l’humidité des forets  et ainsi étudier les conséquences den la déforestation

En dormance pendant des millénaires, les lichens se situent désormais au cœur de discours  artistiques et scientifiques, deviennent des sujets dans les livres comme dans les phrases, apparaissant comme des nouveaux phares, ces forces incroyables de vie et de résistance se chargent d’une puissance de subversion.  Peintres, artistes, musiciens comme John Cage qui , quand il s’installe à la campagne ,  développe une conscience environnementale  et s’adonne avec passion à la cueillette des champignons et des lichens ! Amoureux de cet organisme il en devient spécialiste, gagne un jeu télévisé sur ce sujet et  fonde la Société mycologique de New York. 

avec Marc-André SELOSSE, Professeur du Muséum national d'Histoire naturelle, à  Gdansk University (Poland) et Kunming University (China)    

et Vincent Zonca   écrivain et auteur de «      Lichens, pour une résistance minimale » Préface d’Emmanuel Coccia Collection Symbiose Ed Le Pommier

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