Interdits depuis 2018, les fameux "néocotinoïdes", insecticides surnommés "tueurs d'abeilles", sont de nouveau autorisés alors que des études s'accumulent depuis de années pour dénoncer leur dangerosité et impact sur la biodiversité, l'environnement et la santé humaine.

Abeille sur une fleur
Abeille sur une fleur © Getty / mrs

"Il a fallu 25 ans pour s’en débarrasser et en quelques mois on revient en arrière. C’est grave..." Vive émotion et colère des scientifiques et associations qui œuvrent pour la protection de l'environnement. 

En effet, le projet de loi Néonicotinoides qui réautorise l’utilisation de ces insecticides dans les champs de betteraves sucrières a été votée par le Sénat le 4  novembre dernier et un groupe de parlementaires compte revenir sur cette dérogations en déposant un recours au Conseil Constitutionnel. Ces insecticides, qui ont pourtant été interdites en 2018, sont ré autorisées pour les producteurs de betteraves sucrières.  Les cultures de betteraves sont atteintes de jaunisse en raison de la prolifération d’un puceron vert et ces insecticides seraient les seuls moyens pour sauver la filière. 

Pourtant les articles scientifiques dénonçant la toxicité ne manquent  pas ! Les néonicotinoïdes regroupent une douzaine de molécules qui agissent sur le système nerveux central des insectes pour les détruire quand on les utilise en agriculture. En bloquant les canaux ioniques, on obtient la mort de l’insecte en quelques secondes ou en quelques minutes selon sa taille. 

Les néonicotinoïdes cumulent cinq grandes caractéristiques : 

  • ils sont utilisés massivement sur la planète, 
  • ils sont utilisés de façon prophylactique (c’est-à-dire de façon préventive, sans même savoir s’il y en a besoin), 
  • ils ont une très haute toxicité pour tous les invertébrés, et une haute toxicité pour les vertébrés,  
  • ils persistent longtemps dans les sols 
  • ils sont lessivés par les eaux et contaminent ainsi les eaux de surface puis profondes.

Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux central, non seulement des insectes mais aussi des mammifères. Leur impact est maximal sur les pollinisateurs, mais aussi sur les invertébrés du sol et tous les invertébrés aquatiques. Ils affectent aussi les vertébrés, comme les poissons et les oiseaux communs. La question se pose de leurs effets sur les mammifères et en particulier chez l’humain. Ces molécules, qui ont contaminé la planète, constituent une menace pour la santé publique.  

Et il existe des alternatives aux insecticides ! Tout un tas d'outils sont efficaces, de l'aménagement du paysage aux pratiques agronomiques, en passant par les organismes parasitoïdes ou prédateurs (auxiliaires) qui peuvent être utilisés pour protéger les cultures. 

Pour en parler, Mathieu Vidard reçoit aujourd'hui Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS au CBM, Centre de Biophysique Moléculaire à Orléans,  vice-Président de la Taskforce sur les pesticides systémiques et chimiste toxicologue  spécialiste des neurotoxiques. Il étudie l’impact sur le vivant de substances neurotoxiques employées dans l’agriculture. Spécialiste des neurotoxiques, il dénonce les effets désastreux de l’utilisation systématique des néonicotinoïdes sur les abeilles, l’environnement et la biodiversité. Il travaille sur ces molécules et les preuves catastrophiques sur l’environnement, la biodiversité et la santé humaine depuis 20 ans.

 

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