Il existe un moyen pour visiter la grotte Chauvet, la découvrir et rêver comme si vous y étiez : c'est " l’Atlas de la Grotte Chauvet- Pont d’Arc", édité par la Maison des sciences de l’homme et co-dirigé par l'archéologue Jean Michel Geneste et le géomorphologue Jean Jacques Delannoy.

"L'Atlas de la grotte Chauvet-Pont d'Arc" de Jean-Michel Geneste et Jean-Jacques Delannoy (2021)
"L'Atlas de la grotte Chauvet-Pont d'Arc" de Jean-Michel Geneste et Jean-Jacques Delannoy (2021) © La Maison des sciences de l’homme

L'Atlas de la grotte Chauvet-Pont d'Arc offre au lecteur la possibilité de circuler dans la grotte par l’intermédiaire d’une riche iconographie. 

Sous la direction de Jean-Michel Geneste, qui a été à la tête des recherches de 2001 à 2008, et de Jean-Jacques Delannoy, qui enseigne la géomorphologie (l’étude des reliefs), l’Atlas permet de mieux comprendre la richesse de la grotte Chauvet qui abrite de somptueux dessins vieux de 36 000 ans. Il est le premier volume de la restitution officielle des recherches menées depuis 20  ans à  Chauvet-Pont  d’Arc. Il propose grâce à une riche iconographie, d'observer par lui-même et de comprendre les paysages souterrains dans lesquels s’inscrivent les œuvres pariétales et les vestiges archéologiques. Les quatre parties de l’Atlas (méthodologie, contexte, cartographie des sols, conservation) sont construites autour des cartes qui rendent compte des différentes acquisitions, analyses et représentations des données permises par ces vingt années de recherche. 

Partons à la découverte des chefs d'œuvre de cette grotte pour essayer d'en comprendre les symboliques : 

La grotte Chauvet est caractéristique parce qu'elle offre une diversité de morphologies et de dépôts qui sont autant de mémoires de l'histoire de la Terre et de l'humanité.

- Jean-Jacques Delannoy

Les recherches autour de la grotte ont mobilisé une quarantaine de scientifiques 

Selon Jean-Michel Geneste, "la richesse naturelle du site, du point de vue archéologique et paléontologique et le fait que la grotte recouvre un univers subtilement humanisé, aménagé de façon très discrète, font qu'il a fallu réunir un grand ensemble de disciplines scientifiques qui n'appartiennent pas toutes à l'archéologie. Il a fallu faire appel à des généticiens, à des spécialistes de cendres volcaniques. Ça fait une quarantaine de personnes en tout. Ce sont de nombreux laboratoires qui sont mobilisés depuis que les recherches ont commencé en 1998". 

Pour parvenir à réaliser les cartes de ces nombreux reliefs de l'Atlas, cela a demandé six ans de relevés dans la grotte. Puis, quatre autres années de travail de cartographie à partir du modèle numérique de terrain.

Biodiversité, physionomie, caractéristiques artistiques de la grotte 

Jean-Michel Geneste a décrit la grotte à Mathieu Vidard : "La grotte s'ouvre à flanc de falaise, dans les gorges de l'Ardèche. On y rentre aujourd'hui par une étroiture, une petite anfractuosité. 

On y entre par le plafond car l'entrée de la grotte - le grand porche naturel originel - est fermé puisqu'il s'est effondré.

À l'intérieur, on y trouve 450 m de réseaux accessibles, dispersés dans plusieurs galeries, avec des étroitures. La grotte s'ouvre au pied d'un escarpement calcaire qui est tombé à trois reprises il y a environ 39 000 ans, 35 000 ans et 31 000 ans. On sait que c'est à partir de 31 000 ans, que plus personne ne pouvait rentrer dans la grotte. C'est ce qui explique, au passage son état de conservation exceptionnel au-delà de ces peintures. Ce n'est pas une grotte très accidentée. Ce qui est le plus remarquable, ce sont ces plafonds qui sont variables à certains moments : vous avez des formes naturelles qui ont été polies par l'érosion et on dirait des coulures de matière molle qui descendent du plafond ainsi que sur ces parois pas toujours sèches, souvent molles". 

Mais quels dessins peut-on retrouver dans cette grotte ? "Il s'agit simplement d'attouchements, de taches, de points et, d'un autre côté, il y a beaucoup d'expressions figuratives parmi lesquelles des parties de corps humain, des mains apposées, des figures et des représentations d'animaux. Les principales espèces qui vivaient à cette époque, ce sont des rennes, des bisons, des chevaux, des animaux qui étaient chassés régulièrement ; puis des espèces plus rares qui caractérisent cette période, d'il y a 36 000 ans. Un milieu où il y avait encore de très grandes espèces comme le rhinocéros laineux, le mammouth, beaucoup de rhinocéros dans cette grotte, mais aussi beaucoup de lions, d'ours, ce qui est assez inhabituel.

Vous pouvez admirer plein de couleurs extraordinaires, les concrétions et surtout les cristallisations au sol qui sont rose-saumon. Elles forment une espèce d'enchantement, de scintillement. Plus que tout, c'est le rythme de l'organisation des œuvres à l'intérieur qui impressionne énormément : des dessins qui sont un petit peu parsemés, clairsemés, qui ne sont guère denses. 

Tout est rempli, toute la surface est comblée. On croit, à un moment, qu'on est au bout de la grotte, mais non, pas du tout, il faut encore aller vers un autre endroit, au-delà, vers un inconnu, en traversant une étroite galerie pour ensuite arriver dans un amphithéâtre. Là, sur plus de 25 m, s'organise l'une des fresques les plus imposantes de l'art paléolithique. Dans ces conditions techniques de l'art, d'une manière générale, les parois sont fraîches, encore molles.

Ils possédaient déjà, à l'époque du Paléolithique supérieur, un langage déjà sophistiqué. Ils avaient développé tout un système de figuration et de représentation.

Cet arsenal d'éléments nous apparaît très clairement comme des symboles qui ont été choisis en fonction de l'ensemble des valeurs et rapports que les humains entretenaient autrefois avec leur milieu naturel. Le monde des grottes est très particulier et intentionnellement organisé".

Jean-Jacques Delannoy : "C'est une grotte qui présente une très grande diversité de paysages souterrains. Il y a beaucoup de stalactites et de stalagmites, c'est ce qui rend la grotte extrêmement belle et provoque tous ces scintillements. Mais tous ces stalactites et stalagmites n'étaient pas là à l'époque des humains paléolithiques qui ont parcouru la cavité. 

Tout le travail consiste à essayer de restituer au mieux la grotte telle que les femmes et les hommes du paléolithique l'ont occupée, et c'était toute une toute autre grotte.

Qu'est-ce qui menace la grotte aujourd'hui ?

J.-M. G. : "On a plutôt une immense cavité close, confinée, dans laquelle on observe des taux quelquefois élevés de gaz carbonique qui provoquent l'impossibilité d'accès pour les archéologues. Il y a aussi du gaz radioactif, en petite quantité. Cependant, il n'y a pas d'évolution et de risque climatique". 

J.-J. D. : "Aujourd'hui, les menaces qui existent sur les grottes ornées sont plutôt liés aux conditions hydro-climatiques, l'humidité, la température dans la grotte. On a toujours cet éboulis naturel qui a fermé la grotte et qui continue à protège la grotte depuis plus de 30 000 ans. C'est ce qui la protège des variations du climat extérieur".

Y a-t-il eu des découvertes artistiques récentes dans la grotte ? 

J-M G : "Il y a encore des zones qui sont reculées et inaccessibles. Il est arrivé, il y a encore trois ou quatre ans, d'y découvrir des dessins. Il y en a certainement plein qui sont toujours dissimulés dans des espaces qu'il n'est pas encore possible de voir". 

La grotte est plongée dans le noir, comment faisaient-ils pour dessiner autrefois ?

J-M G : "Ils disposaient d'éclairage tant on a retrouvé un certain nombre de foyers sur le sol, du charbon. Ils faisaient donc du feu à même le sol. Ils y introduisaient des branches pour les faire brûler, y compris dans les salles profondes vers le fond de la grotte. Ce qui contribuait à l'éclairer. En plus, des fragments de charbon de bois au sol et des petites traces sur les parois, on a retrouvé des traces de torches".

  • Jean-Michel Geneste, archéologue, coordinateur des recherches dans la grotte Chauvet-Pont d'Arc de 2001 à 2018   
  • Jean-Jacques Delannoy, géomorphologue, professeur de géomorphologie à l'université Savoie Mont-Blanc et membre de l'équipe scientifique de la grotte Chauvet-Pont d'Arc 

▶︎ Jean Michel Geneste a co-dirigé, avec Jean Jacques Delannoy, la conception du magnifique L'Atlas de la grotte Chauvet-Pont d'Arc (Edition de la Maison des sciences de l‘Homme)

Programmation musicale
L'équipe