Une étude de modélisation publiée jeudi 23 juillet dans la revue Science estime que les rejets plastiques polluant l'environnement pourraient tripler en l’absence de changement de politique.

Comment venir à bout du plastique ?
Comment venir à bout du plastique ? © Getty / boonchai wedmakawand

Les chiffres de la pollution plastique qui submerge notre planète sont effrayants : un panel d'experts estiment dans un article publié dans Science que près de 40 millions de tonnes de plastique sont rejetées chaque année dans l’environnement, dont plus de 23 millions sur les terres et près de 14 millions dans l’eau. Et si rien n'est fait pour contrer cette vague de pollution la quantité déversée dans les milieux terrestres et aquatiques chaque année serait respectivement multipliée par 2,8 et 2,6 d’ici à 2040.

Ce travail inédit, publié de pair avec un rapport destiné au grand public et aux décideurs et intitulé « Breaking the Plastic Wave », a été réalisé par un panel de dix-sept experts internationaux possédant des compétences variées dans le domaine des plastiques et des microplastiques.  Ils ont évalué plusieurs scénarios, 5 stratégies de lutte pour réduire la pollution plastique estimée à 40 millions de tonnes. Si aucune politique de lutte pour casser cette déferlante plastique n'est mise en place, la quantité déversée dans les milieux terrestres et aquatiques chaque année serait respectivement multipliée par 2,8 et 2,6 d’ici à 2040....

« La pollution plastique est vraiment partout et il n'y a pas un environnement sans pollution plastique, pas un endroit épargné : même dans l’air, même dans les insectes, même en Antarctique, même dans le corps humain…. !! Devant ce constat alarmant, Jean-François Ghiglione directeur de recherche au Cnrs et écotoxicologue à l’Observatoire océanologique de Banyuls, directeur scientifique de Tara Océan – Mission Microplastiques 2019 et cofondateur de la société « Plastic at Sea » pense que la transition plastique pourrait être possible et qu'il existe des solutions.  Il travaille au sein de la société « Plastic at Sea » incubée dans le laboratoire de Banyuls et mène des recherches sur des nouveaux polymères biodégradables. Ce sont  de nouveaux bioplastiques que des bactéries sont capables de produire. Ces polymères naturels ont les mêmes propriétés mécaniques que le polymère pétro-sourcé.

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Chaque mardi, chronique Reporterre  avec Hervé Kempf, rédacteur en chef  de la revue Reporterre, le quotidien de l'écologie  sur Reporter.net : On se focalise sur cette pandémie et on applique avec une rigueur extraordinaire le principe de précaution. Soit, c’est nécessaire. Mais pourquoi ne l’appliquer qu’au Covid-19 et pas à d’autres maux tout aussi néfastes ? Si l’on était logique, il faudrait élargir cette attitude de prévention du risque. 

Depuis huit mois, on a compris que le virus sars-cov-2 provenait d’animaux de forets tropicales mis en contact avec les humains du fait de la destruction de leurs habitats.  L’urgence pour éviter que de nouveaux virus surgissent serait de lutter contre la destruction de ces forets.  Mais où voit-on l’amorce en Europe et en France de changement de la politique à l’egard des forets africaines ou Sud Asiatique ? Quelle mesure a été prise pour limiter l’importation de soja d'Amazonie, pourtant dramatiquement détruite au Bresil par le gouvernement Bolsonaro ? Quand l’Europe et la France ont-ils affirmé nettement qu’ils ne signeraient pas le Mercosur, l’accord de libre-échange avec le Bresil et d’autres pays d’Amerique latine  - tant que la déforestation ne cesserait pas ?  

Un autre domaine où l’on attendrait la même mobilisation qu’a propos du port du masque serait de se préoccuper de sante environnementale et alimentaire.  On sait que les personnes les plus à risque face au virus sont celles qui souffrent d’obésite et de diabète, des maladies largement déterminées par les usages sociaux et les pratiques alimentaires.  Une des meilleures défenses face aux maladies épidermiques qui surviennent et qui surgiront de nouveau est d’être en bonne santé. Mais la politique de santé environnementale est en France en pleine régression, et rien n’a bouge depuis quelques mois dans le bon sens. 

Les pandémies ne sont pas les seules nuisances qui menacent la sante collective. D’autres domaines mériteraient eux aussi l’attention que les autorités déploient face au Covid.  Un exemple majeur en est la pollution de l’air, qui est responsable en France de plus de 48.000 morts prématurées chaque année et de neuf millions dans le monde. L’état français n’en continue pas moins de ne rien faire a ce propos, et il a même été condamne lourdement en juillet dernier pour son inaction. De même, on pourrait se mobiliser pour éviter l’aggravation du changement climatique, dont les conséquences envisagées par les experts sont dramatiques, notamment par les vagues de chaleur.  

Selon une étude parue en 2018, en l’absence d’importantes réductions des émissions de gaz a effet de serre, jusqu’a trois personnes sur quatre courront le risque de mourir de chaud a l’horizon 2100.  Donc, le masque, d’accord. Mais a condition qu’il ne nous cache pas la réalité des autres menaces tout aussi importantes que celle que pose le Covid. Et que l’on agisse aussi sérieusement a leur propos qu’a celui du coronavirus.  

Les invités
  • Jean-François GhiglioneEcotoxicologue et directeur de recherche au CNRS à l'Observatoire océanologique de Banyuls-sur-mer
Programmation musicale
  • EZECHIEL PAILHESTu te rapelleras2020
L'équipe
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