La préhistorienne Marylène Patou-Mathis a fait paraître en ce début de mois un foisonnant essai intitulé "L’homme préhistorique est aussi une femme". Elle y retrace l’évolution de la prise en considération des femmes dans cette discipline, au gré des recherches et des inégalités persistantes.

Pourquoi la femme préhistorique a-t-elle disparu des radars ?
Pourquoi la femme préhistorique a-t-elle disparu des radars ? © Getty / Rebecca Handler

Et la Préhistoire passionna Marylène Patou-Mathis

Préhistorienne française spécialiste des comportements des Néandertaliens et des Sans, directrice de recherche au CNRS et rattachée au département Préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), Marylène Patou-Mathis s’est toujours intéressée à l’altérité, qu’il s’agisse des sociétés disparues dans les temps immémoriaux ou de celles en déclin comme les Bushmen du Kalahari qu’elle a côtoyés à l’issue de sa thèse. 

Des figures lointaines, considérées comme « sauvages » par l’homme occidental. Mais également des figures méprisées et opprimées comme les femmes : cet "autre que l’homme… incompréhensible, pleine de secrets, étrangère et pour cela ennemie" — une citation qu’elle emprunte à Sigmund Freud dans La Vie sexuelle (1912) au début de son ouvrage L’homme préhistorique est aussi une femme.

Elle le revendique : Marylène Patou-Mathis est issue d’une lignée maternelle émigrée de la Tchécoslovaquie et a été éduquée principalement par sa grand-mère qui occupait le poste d’ouvrière-agricole. Dès son plus jeune âge, elle perçoit les comportements discriminatoires liés à son altérité, à ses origines. Mais c’est aussi à cet âge qu’elle ramasse une ammonite et découvre que la mer était à Paris il y a plusieurs millions d’années ! Sa vocation est née : étudier les temps passés d’où elle se sent proche.

Des femmes invisibles aux femmes visibles dans la Préhistoire

C’est le sous-titre de L’homme préhistorique est aussi une femme : Une histoire de l’invisibilité des femmes aux éditions Allary. Et par celui-ci, Marylène Patou-Mathis dresse les différents processus d’invisibilisation des femmes : de l’absence relative de chercheuses dans ce champ disciplinaire majoritairement masculin au XIXe et XXe siècle jusqu’à l’émergence de l’ « archéologie du genre » dès les années 1960-1980. De la réduction aussi des femmes aux activités domestiques et passives dans les foyers préhistoriques : on les prétend volontiers — et à tort — cueilleuses plutôt que chasseuses, fébriles plutôt qu’habiles. Le tout uniquement et unilatéralement considéré par des archéologues, anthropologues et préhistoriens masculins qui plaquent sur leurs études les préjugés hérités au fil des siècles. 

Voilà pourquoi la femme préhistorique est invisibilisée, autant par l’absence de recherches sur son cas que par un manque de représentations (ou de représentations erronées). Peu de termes la désignent et quand on lui donne un espace de visibilité dans la littérature et les arts, elle est sans cesse passive, caricaturée et soumise.

Au travers de ce riche essai, Marylène Patou-Mathis donne des clés de lecture pour renouveler, par le prisme de la Préhistoire, nos rapports aux genres et aux individus. 

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