Notre sol est essentiel à la survie du monde. Il le porte, le nourrit et le protège. C’est lui aussi qui assure la fertilité de nos océans, qui régule le cours de nos rivières et qui modifie notre climat.

Le sol, une ressource fragile et indispensable à la vie sur Terre
Le sol, une ressource fragile et indispensable à la vie sur Terre © Getty / Inna Trifonova

Le sol est construit par la biodiversité qu’il héberge : elle représente le quart des espèces connues, alors même qu’on ne connaît encore que 1 % des microbes du sol ! Ceux-ci vivent et se nourrissent de façons incroyablement variées, qui assurent le fonctionnement des écosystèmes terrestres et la vie des racines. 

Cependant, méconnaissant le sol, qui nous paraît opaque et sale, nous n’avons pas appris à en prendre soin. Urbanisation, agricultures inadaptées, salinisation, pollution…  sont autant de facteurs qui l’abîment.

Dans son livre L’origine du monde publié chez Actes Sud, Marc-André Selosse nous invite à un magnifique périple souterrain entre les composants du sol et sa vie débordante. Il nous fait découvrir la partie souterraine et méconnue des plantes. 

Comment transmettre des sols intacts aux générations futures ?

En comprenant ce sol que nous piétinons, nous retisserons notre lien perdu au monde naturel.

Extraits de l'entretien

Archive : le botaniste Françis Hallé en 2013 : 

"Je ne vois pas ce qu'il y a de plus précieux sur cette planète que le sol. C'est un espèce d'appareil digestif capable de digérer tout ce qui tombe dessus. A l'automnes feuilles tombent, elles se posent à plat sur le sol. Revenez au printemps et vous aurez la surprise de voir que les feuilles ne sont plus disposées à plat, mais qu'elles sont pliées. La terre passe dans la gouttière au milieu. C'est le travail des vers de terre : ce sont eux qui tirent les feuilles vers le bas. Et puis, une fois qu'elles sont dans le sol, ils mangent les feuilles mortes et le sol lui-même. Il les digèrent. Dans le fond, un très bon sol est essentiellement fait d'excréments de lombrics."

A l'origine des sols

Marc-André Selosse : "Le sol vient du latin solum, c'est le substrat. Le sol, c'est un mélange d'air, de roche et de matières organiques qui sont en devenir. Un sol sain se définit par une végétation diverse et productive.

Même si on étudie les sols que depuis le XIXe siècle, ils sont à l'origine du monde tel que nous le vivons : l'atmosphère, les océans, la production alimentaire, les paysages... Mais ils font tellement bien leur travail qu'on ne s'en aperçoit même plus."

Les sols étaient là avant les plantes. Et avant les sols on avait un phénomène d'oueds (après la pluie, il y avait un écoulement et entre deux pluies, tout était sec). Les sols ont permis de nourrir les plantes en eau, et d'éviter des crues après la pluie et de soutenir les rivières à l'étiage. 

Il faut compter environ une tonne et demie de bactéries et trois tonnes et demi de champignons par hectare de terre. Et ça, ça fait l'équivalent d'une centaine de moutons. Il faut rajouter les racines des plantes. L'essentiel des écosystèmes terrestres est dans le sol. 

Deux types de sols

  • Il y a les sols très fertiles, où les bactéries attaquent très vite la matière organique. Elles produisent rapidement de l'azote, du phosphate que vont manger les plantes. Ces sols-là sentent la terre : la géosmine. Ce qu'on appelle l'odeur de terre est celle des de bactéries du sol : les actinobactéries. Ce sont celles qui s'échappent du sol quand la pluie remplit les interstices du sol. Elles donnent cette odeur d'après la pluie le pétrichor.  
  • L'autre type de sol est celui dominé par les champignons. Le recyclage est plus lent. Ce sont les sols forestiers. La matière organique s'accumule. Ces sols sentent le champignon. C'est une autre molécule, l'octenol. 

Le rôle des vers 

"Les vers de terre digèrent les bactéries des sols et non pas la matière organique végétale tombée au sol. Pour digérer les substances présentes dans les sols comme le tanin et autres terpènes les vers, ils sont obligés de prendre de l'argile qui joue le rôle de "plâtre alimentaire". Donc dans les "crottes" de vers de terre, on trouve de la matière végétale pas digérée. Elles mouillent les sols et les reconstruit. Et le rendent ainsi très fertile."

Labour et érosion

"Labourer c'est augmenter de 10 à 100 l'érosion."

Complémentarité des espèces

"Depuis Columelle, dans l'Antiquité romaine ou chez les Incas, on sait utiliser les plantes, les légumineuses qui cultivent d'une certaine façon indirectement les bactéries dans le sol et l'enrichissent en azote.  L'entretien du couvert, permet d'entretenir les microbes. On n'a pas besoin d'être microbiologiste ou de rajouter des microbes.

Il faut juste bien semer en fonction de ce qu'on veut qui se développe dans le sol et ensuite, le sol sera durable et fonctionnel."

Le sol peut être un facteur d'effet de serre mais...

"On aurait dû entrer en glaciation il y 10 000 ans et cela ne s'est pas fait. C'est probablement liée à l'agriculture retournée qui aère les sols. Mais il y a des plantes qui respirent au Co2 qui produit du méthane, qui a une importante action d'effet de serre.

Mais inversement, si dans ces sols agricoles où il y a de moins en moins de matière ionique, vous remettez de la nature organique issu de l'élevage ou issu de nos poubelles. Vous pouvez stocker du carbone ! On compte que si on augmente chaque année de quatre pour mille, c'est à dire le nom la quantité de matière organique dans les sols, on stocke tout ce que l'humanité a produit de CO2 cette année-là."

Avec :   

  • André Selosse est professeur au Muséum d’Histoire naturelle, biologique et mycologue.

  

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