Peut-on vraiment restaurer un écosystème abîmé par les activités humaines ? Selon quelles méthodes, à quelle échelle et avec quel succès ? On en parle avec nos trois invité·es.

La restauration écologique consiste en la réparation intégrale de la nature comprenant toute sa biodiversité.
La restauration écologique consiste en la réparation intégrale de la nature comprenant toute sa biodiversité. © Getty / Richard Drury

La restauration écologique au sens strict consiste en la réparation intégrale de la nature comprenant toute sa biodiversité, toutes les interactions entre les êtres vivants et leurs habitats, et l'intégralité de ses propriétés. 

Ce champ d'étude existe depuis le début du XXe siècle, mais s'est structuré dans le champ scientifique durant les dernières décennies. L'écologie de la restauration renvoie à un vaste ensemble de méthodes scientifiques. Cela peut consister à agir directement sur le milieu abîmé (en modifiant les caractéristiques physiques, en y réintroduisant des espèces animales ou végétales...) ou à réduire la pression des activités humaines sur ce milieu pour laisser la nature reprendre ses droits.

Depuis 1976, la loi incite les entreprises à mener des politiques de compensation écologique. Ce qu'elles détruisent, intentionnellement ou pas, par leurs projets, elles doivent le recréer ailleurs. La loi sur la Biodiversité de 2016 à renforcer leurs obligations légales. 

Du côté de l'Onu, le sujet est traité avec sérieux. Nous sommes ainsi entrés dans la "décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes", avec l'objectif de pousser les pays à réparer un milliard d’hectares de terres, soit une superficie supérieure à celle de la Chine.

Alors la restauration écologique représente-t-elle l'ultime salut pour la planète ? Ou faut-il y voir un mirage vert ?

Pour Reporterre, avec qui cette émission est en partenariat, la journaliste Lorène Lavocat a mené l'enquête. Elle a notamment rencontré Harold Levrel, professeur en économie écologique à AgroParisTech, et auteur de Les compensations écologiques (éditions La Découverte), très critique sur les politiques de compensation écologique. Selon lui, si la loi est très contraignante et va dans le bon sens, l'État ne met pas les moyens nécessaires pour contrôler sa mise en œuvre, et les juges ne sont pas assez bien formés en droit de l'environnement pour statuer de manière dissuasive en cas de litige. Ainsi, la compensation écologique peut servir le greenwashing de certaines entreprises.

Enseignante-chercheuse à l’Université de Strasbourg et membre du réseau REVER (Réseau d'Échanges et de Valorisation en Écologie de la Restauration), Isabelle Combroux a travaillé sur plusieurs projets de restauration écologique, notamment en milieu aquatique. Elle rappelle que les projets de restauration s'inscrivent le plus souvent dans le temps très long, et que les effets de tels projets ne sont souvent visibles qu'à très long terme.

Selon elle aussi, il faut se méfier de la compensation écologique, un processus qui ne doit venir qu'en dernier recours, uniquement s'il est impossible d'éviter ou au moins de réduire les risques que fait planer un projet sur un écosystème.

Pour aller plus loin

Les invités
  • Lorène LavocatJournaliste à Reporterre
  • Isabelle Combrouxenseignante-chercheuse à l’Université de Strasbourg, spécialiste de la restauration écologique, membre du conseil d’administration du réseau REVER (Réseau d'Échanges et de Valorisation en Écologie de la Restauration)
  • Harold Levrelprofesseur en économie écologique à AgroParisTech. Auteur de Les Compensations écologiques aux éditions La Découverte. Chercheur au CIRED (centre international de recherche sur l’environnement et le développement).
Programmation musicale
L'équipe