Dans ses prochaines prévisions pour le trimestre à venir , Météo France annonce que l'été sera probablement « plus chaud et plus sec que la normale » sur la France. Faut-il s’attendre à une sécheresse estivale ?

L'été sera chaud, ou très chaud ?
L'été sera chaud, ou très chaud ? © Getty / Westend61

Dans le contexte du réchauffement climatique, on voit des signes annonciateurs d'épisodes récurrents de sécheresse. Sécheresse, pénurie d'eau, été plus sec et plus chaud que la normale, baisse du niveau des nappes phréatiques...mais aussi pluies diluviennes. L'été sera-t-il chaud, très chaud ? 

Qu'est ce que la sécheresse et quels sont les différents types de sécheresse ? 

Les sécheresses, définies comme un déficit en eau sur une période relativement longue, font partie des extrêmes climatiques à fort enjeu sociétal. Les événements que la France a connus, lors de l’été 2003 ou plus récemment en 2015, 2017, 2018 et 2019, ont rappelé la sensibilité de nos systèmes aux extrêmes hydrologiques et à la disponibilité de la ressource en eau. Le changement climatique, du fait de l’augmentation de l’évaporation liée à la hausse des températures, renforce l’intensité et la durée des sécheresses des sols. Les effets sont déjà visibles dans différentes régions du monde, dont le Bassin méditerranéen (5e rapport Giec, 2013). La connaissance de l’évolution passée et future des sécheresses est un enjeu essentiel pour l’adaptation en France (2e Plan national d’adaptation au changement climatique, 2018) et a été notamment étudiée dans le cadre du projet ClimSec.  

On distingue plusieurs types de sécheresses 

Il existe la sécheresse météorologique correspond à un déficit prolongé de précipitations,  la sécheresse agricole se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre 1 et 2 m de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l’évapotranspiration des plantes. Cette notion tient compte de l’évaporation des sols et de la transpiration des plantes (l’eau puisée par les racines est évaporée au niveau des feuilles). La sécheresse agricole est donc sensible aux précipitations, à l’humidité et à la température de l’air, au vent mais aussi à la nature des plantes et des sols.  La sécheresse hydrologique se manifeste enfin lorsque les lacs, rivières ou nappes souterraines montrent des niveaux anormalement bas. Elle dépend des précipitations mais aussi de l’état du sol influant sur le ruissellement et l'infiltration. Le réseau hydrographique détermine les temps de réponse aux déficits de précipitations observés sur différentes périodes.

Et l'été sera-t-il chaud voire très chaud ? 

Météo France publie des  prévisions saisonnières pour le trimestre juin-juillet-août 2021 sur l’Europe et la France métropolitaine  et annonce qu'en moyenne sur le trimestre, le scénario « plus chaud et plus sec que la normale » est le plus probable sur la France. Ce sont des probabilités. Concernant les températures, sur l’ouest du continent européen et du bassin méditerranéen, la probabilité d’un scénario plus chaud que la normale est prédominante. Sur l’est de l’Europe et de la Méditerranée, le scénario « proche de la normale » semble le plus probable. Pour les précipitations, on s’attend à des conditions plus sèches que la normale à l’échelle du trimestre sur l’ouest du continent, dont la France. A contrario sur l’est du bassin méditerranéen, le scénario humide serait le plus probable. 

Mai et juin arrosés après un printemps sec. Après deux mois remarquablement secs, le printemps s’est achevé avec un mois de mai très arrosé sur la majeure partie de la France et le mois de juin qui annonce l'été est pluvieux. Ces fortes précipitations de mai et juin semblent rassurantes, mais en réalité, elles n'ont pas forcément compensé le manque d'eau accumulé auparavant. Les orages  ont très peu d’impact sur le remplissage des nappes, les eaux  ruissellent et ne s’infiltrent pas beaucoup et ne réalimentent pas les nappes phréatiques. 

Le climatologue Jean Michel Soubeyroux a coordonné le rapport Drias 2020 : Météo-France éclaire le climat en France jusqu’en 2100. C'est un nouveau jeu de projections à l’échelle des régions métropolitaines.  Il permet à nos sociétés de mieux anticiper et de s’adapter. De manière générale, les résultats de ces simulations mettent en évidence une augmentation continue des sécheresses du sol en moyenne annuelle sur le territoire métropolitain au cours du XXIe siècle. "Il faut une prise de conscience généralisée du fait que l’on va sans doute aller vers une autre forme de climat en France " précise l'hydrologue Emma Haziza. On a besoin d'eau et il va falloir désormais réfléchir à sa bonne gestion et se tourner vers des solutions vertueuses pour limiter le flux évaporatoire : aller vers une agriculture respectueuse des sols et de la biodiversité, replanter des haies, privilégier l'agroforesterie, revoir les calendriers des cultures  ...

avec : 

  • Jean-Michel Soubeyroux  Climatologue à Météo France.
  • et Emma Haziza Hydrologue,  spécialiste de l'adaptation face au changement climatique et présidente fondatrice du centre de recherche  Mayane. Elle est la directrice scientifique de la Chaire de recherche sur l’adaptation au changement climatique à  Paris Dauphine. 
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