Il est un nouveau type de jardin, qui n'est ni à la française ni à l'anglaise. C'est le "jardin punk" d'Eric Lenoir, paysagiste et pépiniériste dans l'Yonne, en Bourgogne, en plein cœur de la France. Il est aussi l'auteur du "Grand traité du jardin punk" (Éditions Terre vivante).

Le jardin punk d'Eric Lenoir
Le jardin punk d'Eric Lenoir © Getty / Kittiphan Midmean / EyeEm

Connaissez vous le jardin "punk" ?

La culture punk est plus vaste qu’on ne l’imagine : musique, iroquoise, mais aussi jardin et engagement écologique. Rien à voir avec les jardins à la française de Versailles au cordeau, rien à voir avec le fouillis maitrisé des jardins anglais : c'est plutôt un jardin où la nature, la biodiversité et le jardinier sont à pied d'égalité

Le jardinier punk en son jardin n'intervient presque pas, il ne "fait rien" : il observe et écoute la faune, il reconsidère le désordre, fait revenir la nature, ne taille pas, crée un sentier par-ci, par-là pour se faufiler entre les massifs, les hautes herbes et les mauvais herbes, il pratique la délinquance florale en n'achetant pas les fleurs des jardineries mais en créant des bombes à graines..

Le jardin expérimental d'Eric Lenoir s'appelle Le Flérial

En vrai punk, Eric Lenoir a d'abord observé son terrain pendant un an. Le Flérial est depuis devenu un jardin expérimental, pédagogique pour faire découvrir les espèces locales, les prairies, les mares, les insectes, un lieu vertueux symbiose entre le respect de la nature et de la biodiversité, entre la conscience écologique et la philosophie punk du jardinier.

Eric Lenoir est paysagiste et pépiniériste dans l'Yonne, en Bourgogne, en plein cœur de la France. Et auteur du "Grand traité du jardin punk" (Terre vivante). Avec la préface de Didier Lestrade, auteur de "I love porn", Edition du détour.

Nadia Aouès est jardinière à l’association Le sens de l’Humus à Montreuil. Elle a une passion pour le règne végétal. L'association "Le sens de l‘humus" à Montreuil crée des jardins au pied des immeubles, accompagne des jeunes et les sensibilise à la nature, s’occupe aussi de la pépinière de plantes sauvages qui vont permettre de re-naturer les environs .

Extraits de l'entretien

Qu'est-ce qu'être un jardinier punk ? 

Eric Lenoir : "Être un jardinier punk, c'est être un jardinier qui réfléchit à ce qu'il fait, qui refuse les règles quand il les trouve absurdes et qui essaye de coller un peu à son époque, à ses besoins et aux fonctions qu'il veut donner au jardin." 

C'est l'insoumission jardinière. Le jardin punk est libre.

Nadia Aouès : "Plus que politique, cette pratique relève du militantisme. La raison pour laquelle je suis allée vers ce type de jardin, c'est parce que j'étais en colère. 

J'étais en colère de côtoyer des jardins très propres, avec des bordures très propres, avec des essences essentiellement horticoles, alors qu'à côté de ça, on sait que la biodiversité s'effondre, que le climat se réchauffe et on ne peut pas rester les bras ballants." 

Votre guide est le manuel du non jardinage ? 

E.L : "On ne va pas faire un jardin de la même manière quand on réfléchit à ce pourquoi on le fait en réalité. Le mouvement punk est un mouvement qui refuse quand on lui pose la question "pourquoi", que la réponse ne lui convienne pas. 

J'ai défini quelques critères pour faire un jardin punk. Il y en a qui sont extrêmement bucoliques, on peut avoir des choses très jolies qui sont faites justement en s'affranchissant des règles classiques, en laissant vivre les plantes adventices qu'on appelle malheureusement mauvaises herbes, en faisant de la récup à droite, à gauche. Mais ça peut être beau. 

J'essaye de faire la démonstration que ce n'est pas une histoire de temps. J'ai un jardin qui fait plus d'un hectare,14 000 mètres carrés. Ça me prend cinq jours à entretenir par an. 

Je peux démontrer qu'en étant fainéant, en n'ayant pas beaucoup de sous pour l'entretenir et en voulant faire de l'écologie au maximum, on peut avoir un jardin paysager."

Un jardin punk c'est laisser vivre tout ce qui nous entoure, ou il y a quand même deux ou trois trucs à ne pas faire ? 

C'est accepter de réduire sa place dans le jardin. C'est arrêter l'interventionnisme, faire a minima. "Qu'est ce que je peux conserver pour ne pas avoir besoin de bosser ?""

Il y a donc une démarche écologique derrière tout cela ? 

E.L : "Évidemment qu'il y a une démarche écologique et l'aspect politique est certain étant donné le monde dans lequel on vit. Forcément, si on s'y inscrit, on fait de la politique et en terme de jardinage aussi."

N.A : "Les jardins musée comme celui du château de Versailles, sont toute une histoire de l'art. Mais aujourd'hui, on parle de choses vitales. On doit prendre nos responsabilités face à tout cela." 

Pur, que dit la nature ?

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