Le phénomène cannibalisme n'est pas seulement "la simple manducation de l'homme par l'homme" mais également une diversité de champs de significations comme l'amour, la haine, le désir et le rejet, l'identité, l'altérité, le pouvoir ou la servitude (rediffusion du dossier du 29 mars 2018)

Deux cannibales demandant homme blanc dernier souhait avant de faire cuire
Deux cannibales demandant homme blanc dernier souhait avant de faire cuire © Getty / clu

L'idée qu'il existe quelque part des humains prêts à en manger d'autres fascine l'Occident.

Mondher Kilani est anthropologue et il s’intéresse au phénomène cannibale, un sujet troublant et pas facile à appréhender.  Pour compléter l'approche étroite du cannibalisme comme la simple manducation de l'homme par l'homme, Il propose une anthropologie globale du cannibalisme (réel et imaginaire ), phénomène analysé à travers le roman, la peinture, l’art, le cinéma et toute production de type  narratif. Il faut reconnaître le caractère construit de ce qu’on appelle  « cannibalisme » dans les différents discours produits dans un contexte  donné et particulièrement dans celui de la culture occidentale qui a la  particularité d’avoir essaimé, depuis l’époque des grandes  découvertes, cette catégorie avec profusion ! 

Comment a été inventé le terme « cannibale » ?

C’est après la rencontre de Christophe Colomb avec les populations exotiques des Indes occidentales que ce terme est apparu. Altération du  mot « caraib », « canibal » résulte d’un ensemble d’images de fantasmes et de souvenirs entremêlés qui associé avec le mot « canis » (chien en latin), adjectivé en « canibal » ( « fils ou face de chien » mangeur de chair humaine), aboutira à « canibalismo ». « Cannibale » est donc le produit d’une rencontre à deux, européenne et américaine, un mot métis qui charrie avec lui tout l’imaginaire constitutif du phénomène.  

On ne peut comprendre le cannibalisme que si on l’inscrit dans le champ de significations qui le fait advenir en tant que tel. Les Tupi Guarani du Brésil ne parlent pas de cannibalisme mais de vengeance et de rituel d’appropriation de l’identité de l’ennemi / beau-frère,  celui avec lequel on fait la guerre et on se marie. Chez les Urubu-Kaapor d’Amazonie « passer à la sururuca » ou « à la passoire » ou « tamiser » signifie par extension « copuler » et dans la Bible manger le fruit défendu c’est découvrir la nudité ou la sexualité.  

Comment justifier le passage à l’acte et l’abomination de la transgression du tabou cannibale ? 

Dans l’accident de l’avion uruguayen le 13 octobre 1972 dans le massif des Andes, l’argument d’abord utilitaire « c’est de la viande » s’est accompagné d’un argument théologique : « c’est comme la Sainte Communion, le Christ est mort et nous a donné son corps »… L’épreuve  physique s’est trouvée renforcée par l’épreuve sacrée, consistant à démentir la mort.

Qu’est-ce que le phénomène cannibalisme ? Comment appréhender ce sujet ? Qui mange qui et pourquoi ?

  • avec Mondher Kilani, anthropologue et professeur à l’université de Lausanne, auteur de « Du Goût de l’autre, au éditions du Seuil.
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