Un album touchant et émouvant ou une sortie de route qui laisse sur sa faim ? François Aubel (Le Figaro) et Grégoire Leménager (L'Obs) débattent du nouvel album de Benjamin Biolay, "Grand Prix".

Benjamin Biolay, le 11 juin 2020, à l'occasion de la sortie de son nouvel album, "Grand Prix ".
Benjamin Biolay, le 11 juin 2020, à l'occasion de la sortie de son nouvel album, "Grand Prix ". © Maxppp / Fred Dugit / PHOTOPQR / LE PARISIEN/MAXPPP

Des conseils de lectures, de musiques et de films : tout l'été, nos critiques vous aident à vous y retrouver parmi les dernières sorties culturelles. Ce samedi 4 juillet, les journalistes François Aubel (Le Figaro) et Grégoire Leménager (L'Obs) débattent du nouvel album de Benjamin Biolay, Grand Prix

Le débat des critiques

Grégoire Leménager : "Est-ce son meilleur album ? Je ne suis pas certain. La superbe en 2009, c'était assez superbe. Et Palermo Hollywood, paru en 2016, très marqué par ses influences argentines, était magnifique. Là, c'est vraiment un bon disque. On entend presque du Noir Désir à certains moments, il y a pas mal de guitares électriques, avec un côté exercice de style dans la manière dont il digère les influences de The New Order, de The Strokes, de The Smiths, du rock anglais. On a aussi un côté variété, années 80, on retrouve quelque chose de l’ordre d'Etienne Daho. Son thème de prédilection c'est la complainte du mal-aimé, quelquefois ça semble un peu adolescent, mais c'est quand même plutôt touchant."

François Aubel : "C'est plus qu'un virage rock. Benjamin Biolay le présente comme un concept album. C'est un prétexte pour aborder des sentiments plus intimes, notamment tout ce qu'il a laissé sur le bord de la route dans sa course effrénée vers le succès. Mais je suis partagé. Je trouve qu'il a un talent indéniable, il y a vraiment des tubes, mais pour le reste, il ne force pas totalement ce talent. Surtout, si on écoute le disque dans l'ordre, l'album part en trombe avec trois titres très rock. Puis après, c'est la sortie de route totale, la panne d'essence. On sort du disque. Dans ses paroles, les rimes sont pauvres. Pour le coup, il joue de ses facilités."

Grégoire Leménager : "Je ne trouve pas, les paroles sont chouettes. C'est un bon auteur, Biolay. Après, c'est très difficile quand on est français de faire du rock. Mon fils m'a rappelé la fameuse phrase de John Lennon : 'Le rock français, c'est un peu comme le vin anglais'. J'ai trouvé mon fils un peu sévère sur ce coup-là. Dans cet album, il y a cette voix trop sourde, qui n'est pas faite pour chanter, elle crée quelque chose de toujours étrange, qui peut être insupportable, mais que moi je trouve touchante, voire émouvante. Dans ce registre de la complainte du mal aimé, il est bon."

François Aubel : "Là où je suis pas d'accord du tout avec Grégoire, c'est sur la voix. Biolay chante enfin, il ne susurre plus. Quand il réussit à condenser toute sa culture musicale dans des mélodies, ça devient imparable. Sauf que c'est la moitié de l'album et je reste sur ma faim."

  • Grand Prix, de Benjamin Biolay, est paru le 26 juin 2020 (extraits diffusés : Idéogrammes, et Visage pâle).

Les coups de cœur des critiques

  • LIVRE - Il est des hommes qui se perdront toujours, de Rebecca Lighieri (éditions P.O.L.)

Grégoire Leménager recommande ce livre, écrit sous pseudonyme par Emmanuelle Bayamack-Tam (Prix du livre Inter 2019 avec Arcadie). Sous le nom de Rebecca Lighieri, elle écrit dans un autre registre l'histoire d'un malheureux garçon élevé à Marseille, dans une cité miteuse, par un père toxicomane brutal. Il est des hommes qui se perdront toujours s'intéresse aux traces que laisse une enfance maltraitée. Il y a dans ce livre une énergie et une sensualité, quelque chose de très dynamique. C'est comme si Zola avait écouté NTM. Un très très bon roman.

  • CINÉMA - Les parfums, de Grégory Magne, sorti le 1er juillet 2020

Pour François Aubel, Grégory Magne signe avec Les parfums une comédie délicate, suave, élégante. Il arrive à tirer le meilleur d'une histoire plutôt banale : Anne Wolberg est une diva des parfums, sa rencontre avec son chauffeur, incarné par Grégory Montel, que l'on connaît surtout pour être un agent de stars dans la série Dix pour cent. Le réalisateur arrive à faire de cette attraction des contraires un film plein de subtilité, parce qu'il regarde avec beaucoup de tendresse ses personnages, parce qu'il a mis sur pied un duo d'acteurs vraiment formidables qui fonctionne bien. Surtout, le film réussit cette prouesse de fuir plutôt habilement le piège de la romance pour se placer du côté de la chronique sociale. C'est assez réussi.

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