Cette semaine, nos critiques Elisabeth Philippe (l'Obs) et Olivier Delcroix (Le Figaro) se penchent sur le film "Mignonnes", qui raconte l'initiation d'une pré-adolescente à des danses sulfureuses pour fuir son quotidien chaotique... Ils nous livrent également leurs coups de cœur littéraires du moment.

 "Mignonnes", un film de Maïmouna Doucouré
"Mignonnes", un film de Maïmouna Doucouré © BIEN OU BIEN PRODUCTIONS 2018

Amy, 11 ans, arrive dans un collège et découvre un groupe de danseuses – elle devient fascinée par ces filles et par la danse sensuelle qu’elles pratiquent. L'histoire nous emmène entre entrée dans l’adolescence et poids de la tradition familiale – car Amy est issue d’une famille pratiquante et conservatrice, qui vit un cataclysme avec le mariage de son père à une seconde épouse.

Pour Elisabeth Philippe, Mignonnes est « un très joli film d’initiation » sur « ce moment fragile où on passe de l’enfance à l’adolescence ». Le film dénonce l’hyper-sexualisation des adolescentes, mais Elisabeth Philippe trouve dérangeante « par l’insistance avec laquelle Maïmouna Doucouré filme ces scènes de danse. On a compris le malaise, on l’a ressenti, pourquoi insister à ce point ? C’est vraiment mon questionnement ».

Néanmoins, « les jeunes actrices sont formidables », il y a de « très belles idées de cinéma, et il ne faut pas s’arrêter à cette image d’hyper-sexualisation (…), et ne pas faire un contresens sur le film » - comme ce fut le cas avec le Netflix américain, qui diffuse Mignonnes et a repris le film de façon très littérale – si bien que la réalisatrice a été taxée « d’appel à la pédophilie », outre-Atlantique.

« Un joli coup d’essai pour un premier film, mais ce n’est pas un coup de maître », juge Olivier Delcroix. Il y a des choses qui sont justes, dont « cette façon cathartique qu’elle a de se plonger dans cette sexualisation à outrance, qui effectivement transparaît et qui nous rend extrêmement gênés d’assister à ce spectacle ». « Le film est intéressant, il est juste et il est attachant, mais ce n’est pas un grand film. »

Les coups de cœur des critiques

  • ROMAN : La demoiselle à cœur ouvert, de Lise Charles

Dans ce troisième roman de l’autrice, on plonge dans la correspondance électronique d’un écrivain qui réside à la villa de Médicis – en panne d’inspiration, il pille la vie des pensionnaires qui l’entourent… « Moins libertin, mais tout aussi cruel et pervers » que Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. « Un roman très cruel, très drôle, une satyre de la vie dans la villa des Médicis ». L’ouvrage est finalement « très malin, très espiègle, un vrai jeu de piste dans lequel on prend plaisir à se perdre ».

  • BIOGRAPHIE : La vie rêvée de Blanche Gardin, de Nathalie Simon 

Le coup de coeur d'Olivier Delcroix est cette « biographie qui l’a enchantée ». « Rafraîchissante, fouillée (…), sans langue de bois : c’est un bouquin qui est bourré d’infos (…) j’ai plongé dans le livre de Nathalie Simon ». Cette dernière, journaliste, a écrit l’ouvrage sans l’autorisation de l’humoriste : elle « s’est entêtée et finalement elle a bien fait : le livre est baigné dans un parfum d’interdit qui est assez électrisant et qui magnifie le portrait de cette humoriste aux deux Molières ».

Quant à Blanche Gardin, « elle parle de tout : du sexe, de la mort, de la solitude ; elle est drôle et intelligente ». On découvre dans le livre « une vie faite d’aspérité, de chaos, d’une fugue, punk, rebelle (…) ». On découvre « la vulnérabilité d’où elle vient, le verbe d’où il vient ». 

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