Une énergie renouvelable qui serait propre, disponible en permanence, à chaque estuaire, et pourrait répondre à la demande mondiale d’électricité… Zoom sur une technologie pour exploiter l’énergie bleue.

Appareil de désalinisation de l’eau : les ions chlorure et sodium en solution (sphères jaunes et bleues, respectivement) migrent vers les électrodes de carbone chargées électriquement (en gris
Appareil de désalinisation de l’eau : les ions chlorure et sodium en solution (sphères jaunes et bleues, respectivement) migrent vers les électrodes de carbone chargées électriquement (en gris © Michele Simoncelli

Fabriquer de l’énergie avec du sel, c’est en substance le principe de l’énergie bleue, ou énergie osmotique. Cette énergie renouvelable exploite la différence de salinité entre l’eau de mer et l’eau salée.

« L’idée de récupérer l’énergie osmotique est assez ancienne, elle date des années 50. Il a ensuite fallu développer des technologies à base de membranes semi-perméables, qui permettent de récupérer certaines choses et pas d’autres. C’est l’exemple de la passoire qui sépare l’eau des pâtes. Mais les promesses n’ont pas été tenues, notamment en termes de rendement énergétique, et il a fallu étudier d’autres technologies », explique le physico-chimiste Benjamin Rotenberg.

Basé au laboratoire Phénix de Paris, il fait partie d’une équipe de chercheurs du CNRS, de Sorbonne Université et de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, qui viennent de consacrer une étude à une alternative aux membranes semi-perméables. Elle a été publiée dans Physical Review X

Cette alternative tient à deux technologies, le mélange capacitif et la déïonisation capacitive. Plus simplement, elle repose sur un condensateur inspiré des super condensateurs utilisés pour stocker l’électricité, et qui permettent de « stocker et restituer l’énergie beaucoup plus vite » selon Benjamin Rotenberg. 

L’un des avantages de ce procédé, est qu’il peut également être utilisé pour le dessalement de l’eau de mer.

« Ce sont les même outils qui permettent à la fois de récupérer de l’énergie bleue à partir de ces eaux salées et douces, ou, à l’inverse, de dépenser de l’énergie pour produire de l’eau douce et de l’eau salée à partir d’eau saumâtre », précise Benjamin Rotenberg.

S’il va falloir encore « attendre quelques années » pour voir des centrales électriques à proximité des estuaires, le potentiel de l’énergie bleue est « extraordinaire » selon le chercheur :

«  On estime dans la littérature qu’on pourrait produire avec tous les estuaires du monde environ 2 térawatts, soit deux tiers de la production électrique mondiale. C’est aussi six fois la puissance produite par les centrales nucléaires sur la planète. »

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