Proche de la côte, à mi-chemin entre forêt tropicale et savanne, le site de Panga Ya Saidi était certainement très hospitalier pour que des hommes s’y maintiennent des dizaines de milliers d’années, jusqu’à l’âge du fer

La plupart des sites archéologique explorés sur le continent africain se concentrent dans la vallée du Rift, en Afrique du Sud ou en Afrique du Nord. Aujourd'hui, la découverte de dizaine de milliers d’objets sur un site kenyan est d’une richesse extraordinaire. On la doit à une vaste équipe internationale de chercheurs, emmenée par l’Institut Max Planck. Leurs travaux sont publiés dans la revue Nature Communications.

« Ils ont pu démontrer qu’il n’y avait pas eu de changement dans l’environnement des chasseurs-cueilleurs durant une très longue période », commente Alice Leplongeon, chercheuse au Museum nationale d’histoire naturelle et spécialiste de préhistoire est-africaine. 

Une démonstration rare. Sur d’autres sites, on observe des ruptures, plus ou moins longues, dans l’occupation humaine, dues notamment aux changements climatiques.

« Ces 60 000 dernières années, il y a eu par exemple des épisodes d’aridification du climat. Le Lac Victoria était asséché il y a 17 000 an. Mais sur ce site, les marqueurs paléoenvironnementaux indiquent une stabilité », poursuit la préhistorienne.

Les hommes qui se sont succédés à Panga ya Saïdi semblaient aussi y trouver de nombreuses ressources pour leur subsistance. A proximité de ce réseau de grottes d'environ un kilomètre de long : des prairies, des sources d’eau, des forêts. 

Les archéologues rendent aussi compte de la production de nombreux outils de pierre taillée.

« Plus de 30 000 outils ont été trouvés en deux ans de fouille, dans un empilement de sédiments d'environ 3 mètres. Ils montrent des changements technologiques, avec au départ des productions d’éclats et ensuite des outils retouchés, comme des pointes emmanchées pour faire des flèches ou des couteaux de boucherie. Apparaît à partir de -67 000 an avant notre ère une microlithisation de l’outillage -des outils plus petits-, avec des armatures de projectiles, en lien avec des changements dans des techniques de chasse et de subsistance », explique Alice Leplongeon.

Les chercheurs ont encore décelé la plus ancienne perle jamais trouvée au Kenya, datant d’il y a environ 65 000 ans. Fabriquée en coquillage marin, elle précède les perles qui, vers -25 000, sont conçues en coquille d’œuf d’autruche. Parmi les objets non utilitaires, des os sculptés, un tube osseux décoré ou des morceaux d'ocre travaillés attestent du développement du symbolisme.

Homo sapiens semble donc s’être s’adapté à un milieu forestier en Afrique. C’est en tout cas ce que cette étude établit aujourd’hui.

Programmation musicale
  • MELANIE DE BIASIO

    AFRO BLUE (RADIO EDIT)

    2017

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