Ce ne sont pas les jeunes qui partagent le plus les fausses informations, malgré les idées reçues, mais plutôt les personnes bien plus âgées.

Cyber attaques
Cyber attaques © Getty / Bill Hinton

Une étude américaine qui vient de paraître dans la revue Science advances s’est intéressée à la propagation des fausses informations pendant les élections présidentielles américaines de 2016 et surtout à qui était derrière son ordinateur pour les diffuser.  Le travail des chercheurs met en lumière un point étonnant : au-delà de l’orientation politique, c’est l’âge des internautes qui est déterminant quand il s’agit de relayer ou non une nouvelle farfelue... En fait, ce sont les plus de 65 ans qui partagent le plus les fake news. En moyenne, les utilisateurs de cette classe d’âge le font sept fois plus que celui du groupe des 18-29 ans. Avec Romain Badouard, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université Paris II, et auteur de l’ouvrage : «le désenchantement d'internet : désinformations, rumeurs et propagandes »

Les résultats vous étonnent ?

Non, pas vraiment. Quand on suit les mouvements d’opinion sur les réseaux sociaux, on peut avoir le sentiment que ce ne sont pas les plus jeunes qui partagent les fausses informations. Le problème d’un réseau social comme Facebook, c’est qu’on n’a pas acccès au profil socio-démographique des internautes, on ne sait pas vraiment qui est derrière les comptes qu’on étudie. D’où l’intérêt de cette étude.

L’étude est 100% américaine, mais peut aussi nous éclairer sur les pratiques en France ?

Il n’y a pas de raison que les résultats soient différents en France, pour la simple et bonne raison que la sociologie des utilisateurs de Facebook est à peu près la même aux Etats-Unis et en Europe. Facebook, par rapport à d’autres réseaux sociaux, à la particularité d’être populaire dans les deux sens du terme : à la fois il est utilisé par un très grand nombre de personnes, et utilisé par toutes les couches de la population. Contrairement à Twitter qui est un réseau plus élitiste ou Snapchat  et Instagram, où les jeunes sont beaucoup plus représentés.

Pourquoi les plus de 65 ans ? Ça semble contre-intuitif.

C’est vrai, ça brise quelques représentations qu’on peut avoir. Les chercheurs de cette étude avancent plusieurs explications. A mon avis, la plus convaincante est que les plus de 65 ans sont assez autodidactes avec le numérique. Ils n’ont pas forcément été formés ou sensibilisés aux enjeux des usages du numérique. On sait en France par exemple, dans les études du Credoc, que 41% des plus de 70 ans qui utilisent Internet ont appris seuls à s’en servir. Contrairement à 10% pour le reste de la population. Quand on est jeune, on a été sensibilisé à ces questions-là à l’école ou à l’université. Quand on est adulte : au travail, par le biais de ses enfants. Mais quand on est retraité, on a souvent appris à s’en servir seul.

A quoi est-on sensibilisé ? A la lecture d’un article, d’en rechercher la source ?

A l’école, il y a des ateliers d’éducation aux médias. On sensibilise les plus jeunes à ces questions-là. Et le fait d’avoir grandi dans un écosystème numérique fait qu’on va acquérir ou intégrer un certains nombre de réflexes par rapport aux informations qui circulent. 

Est-ce un moyen pour les retraités de s’exprimer – par le biais numérique - alors que la société leur donne moins la parole ?

Absolument. Le partage des fausses informations n’est pas lié à la crédulité. Si on partage les fausses informations, ce n’est pas forcément qu’on est naïf. C’est plutôt qu’on va adhérer au message propagé par la fausse information, sans forcément y croire dur comme fer. Par exemple, dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes en ce moment, beaucoup de journalistes ont parlé de fausses informations qui circulaient dans les groupes des Gilets Jaunes, on peut aussi imaginer que ceux qui les diffusent – que ce soit des images plus anciennes que le mouvement ou autres – cherchent plutôt à faire passer un message politique plutôt que de chercher à informer vraiment leurs contacts. Les fake news sont devenus une forme de l’indignation citoyenne.

Les ateliers d’éducation aux médias

Ce que montre l’étude c’est qu’on pourrait sortir des salles de classe pour faire de l’information aux médias autrement. Passer dans des espaces publics numériques, ou aller dans les lieux de sociabilité des seniors. 

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