Nouvelle échappée de l’astrophysicien hors des trous noirs et de la relativité générale avec un livre d’entretien intitulé « Sur son visage sombre, échange avec les animaux »

Corrida à Mont de Marsan
Corrida à Mont de Marsan © Getty / DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA /

En mars, Aurélien Barrau publiait L’animal est-il un homme comme les autres ? (éditions Dunod). Un livre coécrit avec Louis Schweitzer et consacré aux droits de animaux.

L’astrophysicien propose cette fois un objet plus « personnel », sous forme d’entretien : Sur son visage sombre, échange sur les animaux.

Il s’ouvre sur un éloge de la porosité, rappelant combien la philosophie a contribué, depuis l’Antiquité, à opposer humanité et animalité.

« Nous sommes les héritiers d’une longue tradition métaphysique qui a aimé penser notre rapport au monde sous forme d’opposition binaire : nature/culture, homme/femme, humain/animal », note l’astrophysicien, qui invite à s’inscrire dans une continuité et à « réapprendre ».

Le "propre de l'Homme"

De la zoologie d’Aristote qui préfigure la hiérarchie des espèces à la classification du vivant des naturalistes, se forme l’idée du « propre de l’Homme », aujourd’hui battue en brèche par une multitude de travaux scientifiques. L’humain partage en réalité nombre de ses facultés avec les animaux.

Aurélien Barrau :

On sait aujourd’hui que les animaux sont intelligents, on sait qu’ils souffrent, on sait même qu’ils ont une conscience, au sens le plus fort de ce mot, c’est à dire la sensation de soi dans ce monde. Tout cela peut nous inviter à revoir nos comportements, et à aller même un peu plus loin. C’est un peu comme avec les étrangers : il est triste de devoir attendre d’être sûrs qu’ils sont comme nous pour commencer à les respecter. Moi j’aurais rêvé que nous puissions les aimer avant même de comprendre que nous sommes les mêmes.

Interroger la violence à laquelle nous soumettons les animaux

« La question semble n’être jamais assez importante pour être considérée comme actuelle », déplore le scientifique, selon qui on tend toujours à « repousser » le débat. 

C’est dramatique, parce que nous tuons 100 milliards de vivants terrestres et 1000 milliards de vivants marins chaque année, souvent dans des conditions épouvantables et en les ayant privés de vie avant cette mise à mort dramatique. Il y a là une sorte de crime contre la vie en elle-même, contre l’ontologie, contre la possibilité de la vie, et je crois qu’on ne peut pas se permettre de se dire : « nous ferons face à cette question quand tout ira bien pour les humains »

Dans le sillage des actions menées par l’association de protection animale L214, une proposition de loi visant à installer des caméras dans les abattoirs français a pourtant bien été discutée par les législateurs. Las, après son adoption en première lecture à l’Assemblée nationale, elle a finalement été abandonnée en janvier dernier.

Une mesure pourtant « essentielle », qui révèle, selon Aurélien Barrau, l’absurdité de nos comportements : 

Aujourd’hui, nous n’en sommes pas à interdire la violence, mais à interdire le fait de montrer la violence.

À l'antenne

Sur son visage sombre, échange sur les animaux. Un entretien avec Aurélien Barrau publié aux éditions Collection des centres.
 

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