Le sismomètre français a été déposé sur le sol de Mars avec succès, et c'est historique !

La planète Mars, ici au niveau de la "Valles Marineris"
La planète Mars, ici au niveau de la "Valles Marineris" © Getty / Detlev van Ravenswaay/Picture Press

Au cœur de la mission Insight, qui a quitté la Terre le 5 mai et s’est posée sur Mars le 26 novembre : mesurer les vibrations de la planète rouge. 

Le sismomètre SEIS, conçu par le CNES (Centre national d’études spatiales) et l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), est donc l’instrument principal que transportait par la sonde.

Le 20 décembre, il a été déposé dans le désert froid et sec de Mars, avec succès. Une première !

« On a déposé des sismomètres sur la Terre en 1889, sur la Lune en 1969 avec Apollo, mais sur Mars, on n’avait jamais réussi », explique Philippe Laudet, chef du projet SEIS.

Une mission ultra-délicate, qui tient au fait de déposer un tel instrument sur le sol martien sans humain pour contrôler la manœuvre. C’est un bras motorisé conçu par la NASA qui s’en est donc chargé. Et là aussi, c’était historique. 

Cette étape a été suivie avec quelques minutes de décalage par les scientifiques au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena, en Californie. « La moindre anomalie peut bloquer tout le processus et la mission est terminée », lâche Philippe Laudet, soulagé de voir finalement SEIS bien posé dans son "bac à sable". Un site qualifié aussi de « grand parking » et baptisé Elysium Planitia.

« Ce terrain d’atterrissage avait été sélectionné car il était très plat, parce qu’il y avait peu de vent, et peu d’aspérités détectables par les orbiteurs qui prennent des photos de Mars. Mais au final, vous n’avez qu’une zone probable d’atterrissage en forme d’ellipse, de plusieurs kilomètres de long et de large, et là peuvent se trouver des cratères, de gros cailloux », poursuit-il.

Une fois SEIS installé sur le sol de Mars, tout n'est pas joué. Rien n'indique qu'il n’a pas été endommagé par le voyage. L’entrée dans l’atmosphère de Mars à près de 20 000 km/h, avec 7 minutes pour freiner – les « 7 minutes terreur » dit-on à la NASA - peut parfois contrarier les plans des experts. 

Mais SEIS a bien survécu à toutes ces étapes. Il a même été allumé : tout va bien. Ce 26 décembre, ses trois sismomètre (pour trois dimensions) devaient être équilibrés. Et on attend ses premières données pour le premier trimestre 2019.

Que cherche-t-on à savoir sur Mars exactement ?

« L’intérieur de la planète, que personne ne connaît », résume, lapidaire, Philippe  Laudet. Presque tout, en somme !

« On sait qu’il y a sur Terre un noyau, un manteau, une croûte, parce qu’on a écouté les tremblements de terre. Comme une échographie écoute les ondes sonores, les sismomètres écoutent les ondes sismiques et reconstituent l’intérieur de la planète. Cela permet d'obtenir artificiellement une image. Mais sur Mars, pour l’instant, on n’a fait que gratter la surface. Or, il faut étudier la chimie de la surface, mais aussi connaître l’intérieur, pour comprendre comment cette planète s’est structurée, comment son moteur a fonctionné. On sait qu’il y avait un champ magnétique, des éruptions volcaniques, de l’eau liquide, mais il n’y en a plus aujourd’hui. L’atmosphère a également changé. Pourquoi, sur la Terre, tout cela existe-t-il toujours, et pas sur Mars ? » interroge le scientifique.

Y a-t-il eu de la vie sur Mars ? C'est aussi la grande question. Il y a 4 milliards d’années, Mars et la Terre se ressemblaient « malgré leurs différences de taille et de distance par rapport au soleil. Mais au bout d’un milliard d’années, Mars est devenue ce désert glacé qu’on voit aujourd’hui" souligne Philippe Laudet.

Agnès Faivre reçoit Philippe Laudet, ingénieur, astrophyscien et chef du projet SEIS.

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