A 71 ans, Bruce Srpingsteen vient de sortir un nouvel album, "Letter to You". Ça fait bientôt un demi-siècle, que le Boss mélange rock, blues et country pour raconter notamment le quotidien des laissé-pour-compte du rêve américain. Et pour parler de sport, parfois...

Le chanteur, auteur-compositeur et guitariste, Bruce Springsteen et le E Street Band en concert pendant le Super Bowl XLIII entre les Arizona Cardinals et les Pittsburgh Steelers le 1er février 2009 au Raymond James Stadium de Tampa, en Floride.
Le chanteur, auteur-compositeur et guitariste, Bruce Springsteen et le E Street Band en concert pendant le Super Bowl XLIII entre les Arizona Cardinals et les Pittsburgh Steelers le 1er février 2009 au Raymond James Stadium de Tampa, en Floride. © AFP / Chris Graythen / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD

Quelle est la place du sport dans l'œuvre de Bruce Springsteen ?

Et bien elle est limitée je dois dire. Parce que même si sa fille Jessica est une championne d’équitation, Springsteen ne s’intéresse pas au sport.... Mais les rares fois où il a parlé de compétitions ou de champions dans ses chansons, le résultat a été brillant. Je vais essayer de vous le prouver à travers trois morceaux. Le premier se nomme Glory Days, il est issu du célèbre album Born in the USA, paru en 1984.

Glory Days, c’est l’histoire d’un type qui se rappelle ses années de high school, c’est-à-dire ses années de lycée, quand il était un joueur de baseball prometteur.  Car beaucoup d’Américains sont nostalgiques de leur réussite sportive adolescente comme le décrit une série télé exceptionnelle, Friday Night Lights, consacrée à des lycéens membres d’une équipe de football américain, qui sont des célébrités dans la petite ville où ils résident, au Texas. La chanson Glory Days pourrait être la bande-son idéale de cette série.

Quelle est le deuxième morceau de Springsteen dont vous voulez nous parler ?

Un titre de 2008 intitulé The Wrestler

"The Wrestler", comme le film de Darren Aronofsky avec Mickey Rourke ? 

Exactement ! La chanson qu’on vient d’entendre accompagnait le générique de fin de ce film consacré à une star du catch sur le déclin. Alors ce titre ne parle pas spécifiquement de catch, et du folklore qu’on associe en France à cette discipline adorée aux Etats Unis. Non, ce morceau évoque plutôt les souffrances que peuvent ressentir les catcheurs à l’issue de leurs vrai-faux combats. Il est question de sang qui coule, d’os cassés, d’ecchymoses…  C’est une traduction musicale parfaite de ce que subit Mickey Rourke dans le film.

Et quel est le dernier morceau que vous souhaitez mettre en avant ?

Wrecking Ball, un titre issu de l’album du même nom, sorti en 2012.

Qu’est-ce que ça signifie ce terme de Wrecking Ball ?

Et bien ça désigne la grosse boule de démolition avec laquelle on fracasse des bâtiments. Et cette chanson fait précisément référence à la boule qui a mis en pièce le Giants Stadium, une enceinte détruite en 2010, qui a longtemps accueilli les New York Giants, une franchise emblématique de Football américain. La chanson Wrecking Ball évoque donc, à travers sa démolition, l’âme d’un stade et les champions qui ont été vénérés dans cette arène, puisque le football américain est le sport qui est suivi avec le plus de passion aux Etats-Unis.

Au final que peut-on retenir de ces trois chansons ?

Elles nous font découvrir des réalités qui n’ont pratiquement pas d’équivalent en France : l’importance accordée au sport dans les high-schools, les séquelles physiques liées à la pratique du catch et l’obsession nationale pour football américain. Malgré sa méconnaissance de ces sujets, Springsteen, grâce à son talent de parolier, parvient à transcender la culture sportive américaine, et à en dévoiler des dimensions qui lui sont spécifiques. Voilà peut-être une définition du génie : être capable de sublimer un sujet qu’on ne maîtrise pas.

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