Après avoir décrypté les chansons destinées à encourager les Bleus, je vous propose de nous intéresser, à deux jours du match France-Allemagne, aux odes consacrées à la Deutsche Fußballnationalmannschaft.

Portrait de l’acteur, animateur et chanteur allemand Michael Schanze en 1998.
Portrait de l’acteur, animateur et chanteur allemand Michael Schanze en 1998. © Getty / Moenkebild/ullstein bild

Alors, quelle est la spécificité germanique en la matière ?

Cette spécificité tient au rôle actif joué à partir de 1973 par la DFB, la Fédération ouest-allemande, qui deviendra la Fédération de l’Allemagne réunifiée à partir de 1990. En effet, entre 1974 et 1994, tous les quatre ans, avant chaque Coupe du monde, cette instance a réalisé un hymne officiel dédié à sa sélection. Autre spécificité :  pendant 20 ans, les joueurs eux-mêmes ont été impliqués dans la conception de ces titres, qui étaient accompagnés de vidéos, où l’on voyait l’équipe d’Allemagne réunie en studio en train de chanter. 

Mais est-ce que c’est la voix des joueurs était réellement conservée dans l’enregistrement final ?

Sans doute pas. Mais ces vidéos avaient le mérite symboliser une cohésion entre les joueurs et de favoriser un engouement autour de leurs personnes. C’est ce qui s’est passé avec le premier de ces hymnes officiel, Fussball is unser Leben, soit « le foot c’est notre vie », sorti avant le Mondial 1974 que la RFA allait finalement remporter. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Alors, vu de France, avec 50 ans de recul, on pourrait rire de ce qu’on vient d’entendre, mais sachez que ce morceau a traversé les années en Allemagne et qu’il a fait l’objet de nombreuses rééditions, comme me l’a appris Pascal Claude, l’auteur de l’excellent ouvrage Football Disco, qui recense les 45 tours de référence consacrés au football.

Est-ce que les hymnes qui ont suivi se sont inspirés de Fussball is unser Leben ?

Non, la DFB a eu le mérite de faire évoluer son concept, puisque ces morceaux ont été progressivement accaparés par des chanteurs en vogue, reléguant les joueurs à l’interprétation du seul refrain. Ainsi, quand on écoute Olé EspañaE, l’hymne publié en 1982 avant le Mondial organisé… En Espagne, on entend surtout son interprète principal, Michael Schanze.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Je dois avouer que je trouve le résultat plutôt sympathique…

Vous n’êtes pas le seul Philippe car, là encore, ce fut un carton en Allemagne. Mais cette belle dynamique s’est enrayée en 1994 quand la DFB eu une idée saugrenue : faire chanter l’hymne qui est sorti avant la Coupe du monde aux Etats-Unis par les joueurs allemands et… Les Village People. Le résultat intitulé Far Away in America est une horreur que je me dois de vous faire écouter.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Ce morceau n’a pas réellement porté chance à l’équipe d’Allemagne cette année-là…

Non, les Allemands, tenants du titre, furent éliminés dès les quarts de finale. L’échec fut donc à la fois musical et sportif, ce qui a incité la Fédération allemande, dix ans avant son homologue française, a abandonné le concept des hymnes officiels. Désormais ce sont les partenaires de la DFB qui ont la responsabilité de trouver des chansons adéquates pour encourager la sélection. 

Alors que retenir au final des expérimentations musicales de la DFB entre 1974 et 1994?

Et bien d’une certaine manière, celles-ci illustrent le changement de statut vécu par les meilleurs joueurs de football durant cette période. Au milieu des années 1970, ils avaient encore besoin d’artifices marketings pour susciter l’adhésion du grand public. Vingt ans plus tard, ils étaient devenus des superstars, transformant de fait les hymnes officiels en subterfuges inutiles, voire contreproductifs.

Thèmes associés