Cette semaine, je voudrais vous faire deviner le film dont je vais parler, avec des faux cils et le poing levé.

Affiche Show girls
Affiche Show girls © Paul Verhoven

Cette semaine, je voudrais vous faire deviner le film dont je vais parler, avec des faux cils et le poing levé. Je vous donne un premier indice : c’est l’histoire d’une jeune femme qui essaye de faire carrière dans un milieu perclus de mensonges, de faux semblants où les hommes sont les décideurs et ont les mains baladeuses : ben non, je ne vois pas pourquoi vous pensez automatiquement à cela, Ali, ce n’est pas un film sur une femme en politique. Allez, je vous éclaire un peu plus : c’est l’histoire d’une fille pas bien élevée, à moitié à poil tout le temps qui allume les mecs et pousse les autres filles dans les escaliers dans un décor où le kitsch et la vulgarité sont fondamentaux. En plus, la fille a un secret. Secret Story ! Mais non, voyons...

Allez, comme je suis une femme qui tient à être comprise, oui je sais, c’est un pléonasme, je vous offre un dernier… jeton. C’est l’histoire d’un monde où tout repose sur le sexe, les paillettes, et le fric, surtout le fric. L’histoire de l’humanité ? Vous y êtes, presque, Ali. Shows girls de Paul Verhoven est ressorti, mercredi, en DVD et blue ray dans une version toute remasterisée et on comprend pourquoi, lors de sa sortie, en septembre 1995, la presse américaine au grand complet avait vomi sur cette œuvre politique à sa manière- disons un brûlot politique en … string ! -, en la traitant, par exemple, je cite, d’ « “impossiblement tapageuse et vulgaire”. Dans ce film où une bombasse arrive à Las Vegas, attire l’attention en faisant du lap dance, puis devient la star du show du plus grand cabaret de Vegas, il y a tout pour horrifier un américain, et un homme en général, puisqu’il n’y a que des… vérités poussées à leur paroxysme :

Affiche Show Girls
Affiche Show Girls © Paul Verhoven

Primo : Une fille bien obligée de jouer à la salope pour écrabouiller des types qui ne la prennent que pour 1m80 de chair consommable et exploitable. Allez danse, ma belle, danse ! Plus haut, les seins, plus haut !

Deuxio : Une autre fille qui a fait la même chose, avant elle, et n’est pas mécontente, finalement, de tomber dans les escaliers, et d’arrêter tout ce cirque car elle sait que dans cette société du spectacle de jour comme de nuit, une plus jeune lui piquera de toute manière sa place, son mec, et même sa peur de vieillir.

Tertio : Un univers impitoyable où même les palmiers sont en plastique, où il faut avoir du talent TOUT DE SUITE, se vendre, se louer, se prêter, ou s'offrir au plus offrant, et où un people intouchable peut violer une fille sans que cela ne dérange personne.

Alors que fait ce génie de Verhoven ?

Il fait venger la fille par une autre fille (et je peux vous dire que l’intouchable y réfléchira à deux fois, la prochaine fois. Il parle ouvertement des menstruations, finalement le dernier tabou (oui, un film qui date de vingt ans où une fille a ses règles pendant une scène de sexe avec un homme... noir qui plus est, on voit d'ici l'Amérique s’évanouir !). Dans ce Las Vegas, clinquante hyperbole du capitalisme, qui se repaît de chair fraîche et fait croire aux femmes que seules les plus opportunistes et les moins empathiques peuvent atteindre le haut de l’affiche, le cinéaste rappelle que, au contraire, seule l’union féminine fait la force. Alors même si elles ne dansent pas nues, sauf dans leur salle de bain, toutes les femmes devraient montrer Showgirls à la jeune stagiaire blonde aux dents longues qui vient d'arriver dans leur boîte. Déconne pas Camille, Zoé, ou Chloé, ne rentre dans le jeu de ton chef de service, ne regarde pas le miroir aux alouettes, regarde moi plutôt dans les yeux. Tu ne connais pas Las Vegas ? Allez viens, on va boire un verre et je vais t'expliquer…

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