En 2014, 116 activistes écologistes étaient assassinés en défendant l’environnement. Des crimes non seulement restés impunis mais souvent commis avec la complicité des Etats.

Valérie Cabanes et Dominique Bourg
Valérie Cabanes et Dominique Bourg © Radio France / Miguel MEDINA / AFP et Claire Nouvian/France Inter

Le seul tort de ces nouveaux défenseurs de la Terre ? Tenter d’empêcher des multinationales de détruire des écosystèmes remarquables et ancestraux, dans leur quête de nouveaux minerais ou de nouvelles ressources à exploiter.

Droits humains = droits de la nature

Une grande partie des victimes sont des peuples autochtones, comme les Indiens Guarani au Brésil, qui tentent en vain de s’opposer à la spoliation et la destruction de leur lieu de vie, d’histoire, d’enracinement…

Aujourd’hui, défendre les droits de l’homme revient bien souvent à défendre les droits de la Terre. Or, la nature n’a pas de droits. Les cours d’eau, les arbres, les océans, les animaux sont dénués de statut juridique. Pour défendre la biosphère, il faut nécessairement démontrer les impacts de la destruction ou de la pollution de l’environnement sur les humains.

Mais ce n'est pas toujours le cas. En effet, depuis les années 90, on négocie en série des traités de libre échange internationaux, toujours moins-disant, du point de vue des contraintes environnementales ou sanitaires qui s’imposent aux multinationales. Ces traités agissent comme des bulldozers des droits des citoyens, qui se trouvent privés de recours, y compris au niveau des juridictions nationales, car les traités de libre échange écrasent au passage la souveraineté juridique des Etats.

Des devoirs pour les multinationales

Tandis que « notre maison brûle » - pour reprendre la célèbre expression de Jacques Chirac - et que l’habitabilité même de la planète Terre est mise en péril, ce ne sont plus des droits qu’il faut accorder aux multinationales, mais une série de devoirs fondamentaux limitant la casse des activités humaines sur l’environnement.

Des droits pour la Terre

Alors que le changement climatique bouleverse l’équilibre de la biosphère, que les espèces animales disparaissent à une cadence sans précédent, que des trublions politiques accélèrent le désordre mondial en accordant aux entreprises un droit à détruire, quelle place reste-t-il dans nos sociétés mondialisées et soumises aux règles impitoyables du commerce international, pour prendre en compte les exigences du long terme, pour assurer une justice transgénérationnelle, pour accorder à la Terre les droits qui lui reviennent ?

Pour aller + loin :

Le site de Valérie Cabanes
A propos de Dominique Bourg

Les livres :

Le déversement de produits chimiques par ArcelorMittal :

Les activistes de l'environnement à travers le monde, sur le site de l’ONG Global Witness

L'accaparement des terres et des ressources naturelles : des précisions sur le site de Oxfam France

L’arbre doit aussi avoir le droit de gagner en justice, un article du site Biosphère sur le livre de Christopher D.Stone, paru en 1972 : Should Trees Have Standing? Toward Legal Rights for Natural Objects.

Notre maison brûle, le discours de Jacques Chirac en 2002 au sommet mondial du développement durable de l'ONU à Johannesburg en Afrique du Sud (archive INA)

Vous avez pu entendre :

Berta Caceres, lauréate en 2015 du prix Goldman pour la défense de l'environnement. Militante du Honduras, elle s'est battue pour la préservation d’un fleuve menacé par un projet hydroélectrique. Elle fut assassinée en mars 2016.

et la citation de Philippe Descola extraite de sa leçon inaugurale au Collège de France, le 29 mars 2001 :

Depuis plusieurs siècles en Occident, la nature se caractérise par l'absence de l'homme, et l'homme, par ce qu'il a su surmonter de naturel en lui

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