Toute la semaine en fin d’émission, retrouvez les chroniques de CO3, la science dans ton chez toi ! Après un passage par Le Mouv’, les 3 colocataires seront dans la tête au carré pour partager leurs expériences scientifiques « domestiques ». Chaque jour un nouveau thème, ce jeudi : l’addiction. Addiction au web ou aux jeux vidéo, le sujet est plus que d’actualité dans notre quotidien ultra-connecté.

Notre article (par Antoine Bonvoisin) :

Web addicts : impossible de décrocher ?

« La vie est plus riche quand vous levez les yeux de l’écran ». C’est dans ces mots que s’exprimait il y a quelques jours Randi Zuckerberg, la sœur du fondateur de Facebook, pour l’annonce de la publication de son livre « Dot ». L’ouvrage, consacré aux dangers des écrans et du web, raconte l’histoire d’une petite fille qui se rend compte qu’en dehors de la technologie, la vie est merveilleuse.

Le Point titrait même son article « La sœur de Mark Zuckerberg combat… l’addiction à Internet ». Addiction ?

Même s’il est reconnu qu’un usage abusif d’internet pose problème chez ses utilisateurs, l’addiction à internet reste un sujet controversé et les spécialistes ne s’entendent pas encore sur la réalité d’une dépendance. Aucune forme d’addiction n’a d’ailleurs été enregistrée à ce sujet dans la dernière version du DSM-5, la bible des psychiatres qui référence les troubles mentaux.

S’agit-il d’une simple question de définition ? Certains comportements laissent penser qu’internet pourrait être addictif : lorsque qu’une personne néglige sa santé ou son apparence corporelle, qu’elle se prive de sommeil pour rester branchée plus de temps, ou encore lorsqu’elle voit ses interactions sociales diminuer.

Les experts ne s’entendent pas sur une définition de l’addiction. Dans une première acception, une addiction se définirait par des altérations du système cérébral entrainant des changements de comportements. Ce qui aurait comme effet de modifier le système des neuromodulateurs, substances qui gouvernent nos émotions. Dans une étude récente, des chercheurs chinois ont mis en évidence des modifications de la substance blanche du cerveau dans des zones impliquées dans la gestion des émotions, le contrôle attentionnel et la prise de décision. Résultat qui les amenait à penser qu’internet pourrait engendrer des modifications comparables à celles des toxicomanes et des alcooliques. Pour les chercheurs, les résultats devront toutefois être confirmés dans des études regroupant plus de participants (l’étude n’a porté que sur 35 candidats).

Les psychologues et psychiatres s’entendent sur une autre définition : l’addiction impliquerait une « obligation comportementale », une perte de contrôle, un désir obsédant, des signes de sevrage et l’existence de rechutes. Les deux derniers critères ne seraient cependant pas retrouvés chez les personnes considérées comme accros à internet.

Web addict ?
Web addict ? © CC / Flickr

Dernière possibilité, l’approche clinique, qui consiste à dire qu’on peut considérer une conduite comme addictive dès lors qu’une personne souhaite réduire ou cesser un comportement et n’y parvient pas. De plus en plus de plus de gens viennent chercher de l’aide pour décrocher d’internet, et dans ce sens pourraient être considérées comme dépendantes. Le nombre de personnes se considérant comme dépendantes varierait de 1% à 35% selon des études épidémiologiques publiées aux Etats-Unis, en Norvège, en Europe et en Asie.

Alors simple mal de notre de temps ou réelle addiction ? Si le doute persiste encore au niveau scientifique et sur les définitions, les centres de soin n’ont pas attendus pour offrir des thérapies. En Chine, pays qui reconnaît l’addiction à internet comme une réelle maladie depuis 2008, la méthode est musclée : on entraine les jeunes dans de véritables camps militaires.

Méthode plus souple au Japon, mais le pays envisage tout de même de proposer des séjours en camps débarrassés de tout appareil technologique (juste pour le plaisir : la présentatrice précise que si la méthode est encore trop intense, il existe un appareil inventé par deux doctorants du Massachusetts Institute of Technology (MIT) qui délivre des décharges électriques lorsque l’on accède à Facebook).

Du côté de la Corée, on tente la méthode à cheval.

Aux Etats-Unis, le premier hôpital dédié au traitement des addictions au web à ouvert en 2013. Il propose un programme de 10 jours pour sortir de ses problèmes présumés.

Et en France ? Rien en vue pour le moment. Heureusement, il reste les thérapies par Skype…

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