Au menu du 5-6 ce matin : un rhinocéros d'or retrouvé au Zimbabwe, une manifestation contre l'immigration à Singapour, et la paix du Cateau Cambrésis (3 avril 1559).

Connaissez-vous Périphéries ?

Périphéries, c'est une émission sur France Inter le dimanche, bien sûr : des reportages signés Edouard Zambeaux. Mais c’est aussi le nom d’un site Internet que j’aime beaucoup, un site de critique culturelle animé par Mona Chollet, journaliste au Monde Diplomatique. J’étais un peu déçue ces temps-ci, parce qu’il n’y avait plus beaucoup de nouveaux articles, plus grand-chose de neuf à se mettre sous la dent. Eh bien elle vient de s'en expliquer, dans un article joliment titré « Fantômes, extase et effroi sur les Internets ».

« L’une des raisons pour lesquelles les mises à jour sont devenues si rares, c’est que j’ai été avalée par les réseaux sociaux. Maintenant, quand j’ai envie de recommander un livre, au lieu de me fatiguer à synthétiser le propos de l’auteur, à le décortiquer et à le commenter, à le mettre en relation avec des lectures passées, je balance deux lignes sur Facebook ou Twitter : « Lisez ça, c’est super. » Une grande avancée pour la finesse de la pensée et la richesse du vocabulaire.

« Le problème des réseaux sociaux, poursuit la journaliste et essayiste, c’est la façon dont ils ôtent toute profondeur au temps, mais aussi dont ils nous privent de nos capacités de retrait et de concentration.

« Mon cerveau d’avant Internet me manque », c’est une phrase qui a beaucoup circulé... sur Internet. Et dans mon cas, explique Mona Chollet, il y a effectivement de quoi rester perplexe en comparant la personne tranquille et posée que j’étais avant - pas exactement avant Internet, mais disons avant la grande accélération du web 2.0 -, lorsque je pouvais rester de très longs moments seule dans ma bulle, avec la créature fébrile et frénétique que je suis devenue : une zébulonne en surchauffe perpétuelle, incapable de ne faire qu’une chose à la fois, qui abandonne les livres au bout de cinquante pages et qui ne sait plus où donner de la tête entre tous les objets dignes de son attention.

« Mon cerveau est devenu une passoire. J’envisage d’essayer la technique Pomodoro, qui consiste à installer un minuteur pour s’obliger à se consacrer à une seule tâche pendant vingt-cinq minutes. (...) Pourquoi ne pas me déconnecter, alors, ou au moins lever le pied ? Parce que je suis accro. La curiosité de voir ce que postent les autres et la pulsion de partage sont les plus fortes. Je fais partie de ces internautes qui sont avertis des multiples pièges des réseaux sociaux, mais se retrouvent face à une force d’attraction irrésistible. »

Pourquoi vous lis-je ce matin cet article de Mona Chollet ? Parce que je me reconnais dans ce qu’elle écrit, pardi ! Oui je l’avoue, j’ai la même maladie : mon cerveau d’avant Internet me manque.

Ce qui me manque, plus précisément, c’est mon cerveau d’avant le nouvel onglet. Vous connaissez cette option sur Internet : clic droit, "ouvrir dans un nouvel onglet". Cela permet d’accéder à un lien sans interrompre sa lecture. Le problème, c’est que j’ai tendance à ouvrir beaucoup trop d’onglets, du coup je ne sais plus où j’en suis, je fais dix choses à la fois et je ne fais rien correctement. Je rêve d'un monde à un seul onglet, où l'on pourrait se concentrer sans avoir besoin de minuteur de cuisine.

Voilà, c'est dit : j’ai la maladie du nouvel onglet. Tiens, ça ferait un joli titre de film.

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