Hier, nous parlions des ermites, de ceux qui font le choix de quitter l’agitation du monde pour vivre heureux dans un face à face avec eux-mêmes, avec Dieu ou avec la nature. Or en lisant Philosophie magazine du mois de décembre, je me disais que nous traversions une période de tabous et de croyances molles… Les tabous, ce sont ces thèmes qui fâchent, qui clivent, comme dirait Roland Barthes. Je pense immédiatement à la question de l’immigration, que le FN empêche à toute une société de se poser sereinement, à force de brandir des banderoles terrorisantes. C’est une sorte de tabou, il suffit de voir le tollé qu’a suscité la Une de l’Express l’autre jour qui montrait une femme voilée poussant la porte des allocations familiales. Notre monde pseudo libre est miné par les tabous, le féminisme en est un, les questions sur la sexualité adolescente, l’avortement, l’autorité parentale en sont aussi. Le Figaro titre ce matin: "Croisades, Shoah, colonisation, sexualité, darwinisme... les enseignants se plaignent des difficultés à traiter de certains sujets de plus en plus "sensibles". Et puis, au sujet des croyances, on trouve de plus en plus, dans nos conversations de tous les jours, il me semble, des phrases sans conviction profonde qui parlent quand même de choses essentielles. C’est très bizarre. Ca donne des phrases comme : « La science n’explique pas tout » ou encore « notre existence sur cette planète cache un mystère ». On aurait pu en citer des milliers et qui mettent à peu près tout le monde d’accord. Oui mais, en général, la discussion s’arrête là. On ne peut circuler qu’entre les bornes posées par ce bréviaire mou. C’est ce que note Olivier Lacroix à l’exergue de Philosophie Magazine du mois de décembre : les croyants se sont habitués à servir des idées passe-partout pour donner des gages, assurer qu’ils ne sont pas dans l’excès, tout en caressant l’idée, qu’un autre monde les attend, que Dieu est là, bien présent dans leur vie. Olivier Lacroix insiste, pour celui qui a dans la foi authentique, les implications sur sa vie sont énormes. Le croyant se situe dans un autre registre que l’athée. Il pense à l’au-delà, au Jugement dernier, à la résurrection des corps, à l’amour qui sauve. La perspective est bien lointaine de celle de notre époque. La foi est un scandale pour la raison. La croyance propulse en quelque sorte hors du monde présent. Aujourd’hui, évidemment, il n’est pas sûr que cet attirail flasque de croyances molles fasse le poids avec l’islamisme radical, ou avec ceux qui ont décidé de transformer la religion en club identitaire exclusif et malheureusement violent.

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