Connaissez-vous Paul Ricoeur ? Le philosophe français aurait eu 100 ans aujourd’hui. Philosophie magazine réédite au mois de Mars un entretien avec lui, dans lequel il répond tout simplement, sans détour, au journaliste Jean-François Duval. On devine que Ricoeur, en passant sa vie à penser le monde, à l’expliquer, à enseigner la philosophie, a comme payé une dette. La dette d’une vie qu’il estime comme un cadeau. D’ailleurs il le dit lui-même : 'la dette que j’ai à l’égard des autres et de la vie est « insolvable »'. Pourquoi Cézanne a-t-il peint indéfiniment la Montagne Ste Victoire, comme s’il n’avait jamais fini de la restituer, de la rendre, au sens esthétique, au sens moral ? « C’est comme si la beauté du site exigeait du peintre un rendu qui ne sera jamais atteint. De là, le caractère inadéquat de la réponse. » Ricoeur d’ailleurs se dit frappé par le sentiment d’obligation de travail des grands artistes… Les peintres, les écrivains, les musiciens « se traitent durement, impitoyablement. Or qu’est-ce qui les oblige sinon, je dirais, ‘la chose à faire’. Ca paraît un cercle vicieux : la chose à faire exige d’être faite. Il y a là une exigence profonde, de caractère moral, même. Je suis très sensible à la vie d’un Beethoven ou d’un Wagner, s’enfermant dans ces châteaux bavarois et travaillant comme des brutes ».

Ricoeur ne fixe rien, ne fige pas l’identité. Il envisage la pensée en mouvement : une réflexion sur l'homme en tant qu'être agissant. Il chercha toute sa vie les étincelles de sens pour les expliquer.

Conduire sa vie pour s’acquitter d’une dette. C’est une belle conception, je trouve, et qui libère d’une certaine façon. Le bonheur, la joie quotidienne, on se les doit, on les doit à la vie, aux autres.

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