Un nouvel itinéraire au menu du 5-6 ce matin. On passera notamment par le fond des océans, par la Troisième République, par l’Inde, et par nos régions d’outre-mer.

Chacun ses tics de langage, chacun ses gimmicks. Difficile d’y échapper, à la radio : on a tendance à employer souvent les mêmes mots, les mêmes expressions. Par exemple, peut-être l’avez-vous remarqué, j’ai beaucoup d’affection pour « dès potron minet » ! Expression désuète et charmante pour évoquer l’heure où blanchit la campagne, chère à Victor Hugo. C’est joli, certes, mais je le dis trop, attention à ne pas finir par vous agacer !

Heureusement, j’ai reçu un courriel d’auditeur qui me suggère une stratégie de remplacement. « Pour changer un peu, m’écrit Pierre Gaillard dans son message, vous pouvez aussi dire "dès potron jacquet ", c'est-à-dire dès que l’écureuil se met sur son séant. »

Si comme Pierre, et comme moi, vous aimez les mots, les expressions, si vous appréciez les bizarreries de la langue, les règles de grammaires méconnues, sachez que nous sommes très nombreux. Le Figaro Littéraire consacrait une pleine page il y a quelques jours à ce phénomène : « la langue, patrimoine national ». Les maisons d’éditions l’ont bien remarqué : les collections dédiées aux mots et aux expressions connaissent un succès sans précédent. Et pas seulement les dictionnaires, qui se vendent très bien (un million d’exemplaires par an, quand même, si on additionne les ventes du petit Robert et du petit Larouse !)

Un exemple : "500 expressions populaires", un ouvrage signé Jean Maillet, aux éditions de l’Opportun, est régulièrement réédité. Erik Orsenna connaît aussi un joli succès avec ses ouvrages sur les mots, depuis "la grammaire est une chanson douce". Le dernier en date, c’est "la fabrique des mots".

Alors cherchons dans l’un de ces ouvrages qui fleurissent l’expression "dès potron minet". Par exemple, dans le petit dictionnaire des expressions désuètes, aux éditions du Chêne : « On disait au 19ème siècle « dès potron jacquet ». En clair, dès que le jacquet (l’écureuil) montre son « poistron », son postérieur. Et puis le chat a remplacé l’écureuil, mais l’idée est la même. Dès potron minet, à l’heure où les animaux sortent du sommeil. »

Notre auditeur avait donc raison. Merci encore Pierre Gaillard. Désormais, chaque fois que j’emploierai l’expression « potron minet » (parce que je n’ai aucune intention de renoncer à mon tic de langage !) je penserai au chat, et à l’écureuil, qui ne pointent pas leur nez mais leur derrière !

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