Au sommaire du 5-6, un autre 8 mai 45 : cette date signe la fin de la seconde guerre mondiale, mais elle a aussi marqué l’histoire coloniale française avec le massacre de Sétif. Un grand bol, un moyen bol, un petit bol… et un grand classique de la littérature pour enfants : Boucle d’Or, également au menu ce matin dans l'attrape-livre. Et puis nous passerons un coup de fil en Nouvelle-Zélande où il est interdit d'appeler sa fille "Queen Victoria" !

L’équipe du 5-6, je ne vous apprends rien, se lève très tôt pour avoir le plaisir de vous accompagner sur France Inter. Alors oui c’est sûr, on prend parfois peu de temps pour se préparer, quand on se réveille autour de 2-3 heures du matin, on n’a un peu moins envie que d’habitude de se coiffer... Eh bien on a rudement tort, si j’en crois un livre réjouissant que je viens de lire et que je vous recommande : il s’appelle « un ethnologue chez le coiffeur ».

L’auteur, Michel Messu, est ethnologue, donc, et il est chauve. Celui-là doit avoir une dent contre les salons de coiffure, ai-je pensé au début. Il propose une enquête très amusante mais très rigoureuse sur ces lieux de sociabilité bien particuliers. Il n’y a rien de plus symbolique, de plus signifiant que la chevelure, d’où l’importance du coiffeur. Voyez ces villages français où la boulangerie, la supérette, le marchand de journaux, tous ont mis la clé sous la porte mais où, quoi qu’il arrive, il reste un salon de coiffure, parfois même deux !

Le coiffeur, c’est l’un des derniers rituels de nos sociétés désacralisées, nous apprend Michel Messu. Le client assis, passif et dissimulé sous une blouse, le coiffeur debout et qui lui tourne autour, l’odeur, le bruit des ciseaux : c’est une cérémonie occulte, une métamorphose ! L’auteur parle aussi de rites intronisateurs : on entre dans un âge ou un genre, dans une catégorie sociale, souvent en passant entre les mains du coiffeur. Le moment le plus décisif est celui où on coupe les boucles de la petite enfance, pour entrer dans un stéréotype sexué. Jean-Paul Sartre, conduit à l’âge de 7 ans chez le coiffeur par le grand-père qui ne voulait pas que sa mère "en fasse une fille", raconte bien cet instant symbolique où ses anglaises sont tombées sur le sol.

Et puis, le cheveu, c’est l’unique élmément imputrescible du corps. On conserve parfois les boucles de cheveux de l’enfance, comme une relique. Notre cheveu est une part essentielle de notre identité. D’où la souffrance qu’il peut nous causer. Souffrance physique, quand on les tire (ne pas tirer les cheveux, c’est d’ailleurs l’une des premières injonctions qu’on reçoit enfant). Souffrance symbolique aussi, lorsqu’on les perd… et quand on les rase. Le châtiment, dans l’histoire, passe souvent par le rasage des cheveux. Les prostituées au Moyen Age, le scalp de l’ennemi chez les Indiens et évidemment, la tonte des femmes à la Libération, vécue comme une infamie.

Dans ce livre j’ai surtout appris que la plaisanterie bien célèbre du coiffeur bavard remonte à l’Antiquité ! Comment je vous les coupe ? En silence !

Un ethnologue chez le coiffeur , de Michel Messu est publié chez Fayard.

Un ethnologue chez le coiffeur, Michel Messu.
Un ethnologue chez le coiffeur, Michel Messu. © Radio France / Fayard
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