Nous étions 2 à faire le 5/6 depuis 7 mois... et le bébé arrive! C'était donc, ce matin, ma dernière émission de la saison. Un grand merci pour votre fidélité, à bientôt !

La Comédie Française présente ces jours-ci (jusqu'au 26 juin) une nouvelle adaptation de Phèdre de Racine. Un texte magnifique, dont certains se rappellent des tirades entières, apprises par cœur à l’école. Pendant toute la pièce, je me suis demandée si Phèdre était un personnage proprement féminin ou si un homme aurait pu être lui aussi traversé par les mêmes troubles amoureux. Difficile de répondre. Au risque d’en froisser certains, je pense que la passion de Phèdre est proprement féminine. Et ce pour 2 raisons: son rapport au corps, et sa façon d'user des mots. Cependant n'oublions pas que Phèdre est née dans l’esprit d’un homme génial, Racine.

D'abord, Phèdre est profondément incarnée, son trouble traverse tout son corps. Au début de la pièce, elle erre, comme une sorte de spectre, livide, épuisée, perdue par l’amour qu’elle éprouve pour Hippolyte, son beau fils. Un amour coupable, interdit. Et lorsque celui-ci apparaît, c’est sa chair qui s'exprime :

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler Je sentis tout mon corps et transir et brûler ».

Phèdre est surtout femme par sa façon d’user des mots, de les laisser faire des ravages : « O mes mots retournez, retournez à ma bouche ! » s’écrie t elle. Tout cette tragédie de Racine passe par les mots. Des mots qui, une fois prononcés vous emprisonnent. Dès lors qu’elle avoue sa passion à son beau-fils Hippolyte , Phèdre se sait condamnée.

Passionnée, aliénée, divisée, Phèdre est le personnage féminin par excellence : ambigu, fascinant dans sa complexité. Par elle, Racine nous livre de subtiles variations autour des notions de culpabilité et de responsabilité. Qui n’est d’ailleurs pas propre aux femmes, au contraire, qui est partagé par tous… et heureusement !

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