Bien sûr toute guerre laisse des traces... dans la vie de chacun, dans les consciences, et même chez les bourreaux dont on oublie trop souvent qu’ils portent longuement le poids de leurs actes. Lorsqu’aujourd’hui on va à Beyrouth, au Liban, on voit encore, 20 ans après la fin de la guerre, les stigmates des combats sur les murs de la ville. Beyrouth porte comme une croix sa guerre, ses destructions. Elle les garde visibles, comme si ces murs criblés de balles pouvaient l’aider à se réparer à l’intérieur. Ainsi, le long de la ligne verte, la ligne de front, des murs criblés de balles restent debout, un cinéma bombardé présente toujours son dos meurtri aux nouvelles façades rutilantes, refaites du très clinquant nouveau Beyrouth.

Ces traces de guerre, que nous disent-elles : « plus jamais ça ? » ou « regardez où peut conduire la folie des hommes ? » ou bien « nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, voilà notre résilience »?

Probablement un peu tout cela en même temps. Mais alors comment à quelques kilomètres de là, reste-t-on impuissant face aux bombardements de sites exceptionnels en Syrie ? Au fil de la guerre on découvre les meurtrissures indélibiles sur des sites classés au patrimoine de l’UNESCO. Je pense aux Souks d’Alep, si extraordinaires, parmi les plus beaux du monde arabe avec leur entrelacement de ruelles voûtées bordées de boutiques ornées de façades en bois finement sculptées. Fréquenté, actif sans discontinuité depuis plus de vingt siècles ! Incroyable lieu, chargé d’odeurs et de couleurs uniques, de sourires aimables, tout l’Orient se retrouvait là. Alep est l’une des plus vieilles villes vivantes du monde. Aujourd’hui, elle agonise, 3 mois de bombardements ont eu raison de certains de ses trésors. Les insurgés semblent avoir choisi pour champ de bataille privilégié le dédale de ruelles sillonnant la Vieille Ville fortifiée, à proximité de l'imposante citadelle médiévale. Plus de 1.500 échoppes ont été ravagées par les flammes il y a 10 jours. Et l'Unesco estime que cinq des six sites classés de Syrie ont déjà été endommagés par les combats, notamment le site antique de Palmyre, le Crac des Chevaliers, forteresse datant des Croisades, et la Vieille Ville de Damas. On nous alerte aussi, timidement, sur les pillages dans les zones de fouilles archéologiques...Bien sûr il y a les morts, les blessés, les torturés syriens auxquels on pense sans cesse. Mais en même temps, il faut sauver et protéger ce qu’il reste de l’âme, de la mémoire du peuple syrien.

Vous pouvez retrouver Angélique Montané, notre correspondante installée à Melbourne sur son blog consacré à la littérature, la littérature australienne en particulier

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