Bonne année du Serpent! Ces jours-ci, nouvel an chinois et citation de Nietzsche: "Le serpent qui ne peut changer de peau, meurt. Il en va de même des esprits que l'on empêche de changer d'opinion : ils cessent d'être esprit ».

Ce matin, nous évoquons Shakespeare...

J’aime particulièrement me rendre au théâtre les après-midi de WE… Surtout quand il faut braver le froid, la neige et la tempête pour s'installer dans une belle salle capitonnée. C’est donc ce que j’ai fait hier : je suis allée à ce qu’on appelle une matinée de la Comédie Française, c’est-à-dire une représentation à 14h... on présentait une pièce de Shakespeare : Troïlus et Cressida.

Nous sommes au beau milieu de la guerre entre Troyens et Grecs et le metteur en scène a bien marqué l’univers des deux camps : les Troyens sont vêtus de costumes aux couleurs chatoyantes, les Grecs eux portent des pantalons de toile, et des chemises en lin. Ils palabrent sous de grandes voiles beige de vieux gréements.

3h de théâtre sans action. Que de la parole, des scènes qui se déroulent dans cette langue étonnante inventée par Shakespeare qui est très évolutive, très baroque, jamais complètement figée. L’action est reléguée à l’après, comme une promesse qui ne sera jamais tenue. On parle d’un au petit matin entre Ajax le Grec et Hector le Troyen, d’une grande bataille à venir mais rien ne se déroule comme prévu ou bien l’action ne dure jamais plus de 10 secondes. Tout est dans la parole : Nous sommes dans des conciliabules, des tractations, des rivalités de clans. Et puis, bien sûr, on assiste aux ébats aussi fugaces qu’étranges entre Troïlus et Cressida. Au milieu, un oncle entremetteur, quasi maquereau, essaye de faire en sorte qu’ils consomment leur amour. Il y parvient. La scène est drôle, presque obscène, tout le monde rit dans la salle.

Le conflit entre la Grèce et Troie dure depuis 7 ans, il est larvé, absurde. Tout le monde en semble conscient. Les codes d’honneur vacillent. Les héros d’hier se prélassent sous la tente avec le souhait de jouir sans entrave et d’oublier la guerre et il arrive même qu’on tue dans son dos un guerrier désarmé pour emporter la partie. Shakespeare montre que la faillite du code de l’honneur va de pair avec celle de l’autorité. On est dans un monde sans transcendance, plus personne ne croit en rien, tout n’est que désillusion. Mais on maintient la forme de la guerre, on garde l’envie de gagner, par principe.

Troïlus et Cressida se donne à la Comédie Française dans la belle salle Richelieu restaurée jusqu’au 5 mai prochain, courez-y.

Au menu de notre matinée ensemble, dans un instant, nous concluons notre promenade dans les méandres du cerveau humain avec le neurologue Laurent Cohen qui nous parle de décalage horaire et de rythmes du sommeil. A 5h25, on appelle Sylvie à Singapour, au lendemain des festivités du Nouvel an chinois. Française installée dans la ville la plus propre du monde, elle nous racontera les agapes du WE et ses découvertes palpitantes, qu’on retrouve sur son blog particulièrement attrayant. Et puis restez avec nous car à 5h50, nous descendons dans nos oubliettes du temps, très loin dans le passé, il y a plus de 8 siècles, en 1250. C’est la fameuse bataille de la Mansourah qui s’est déroulée un 11 février et qu’un historien nous racontera.

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