Un mathématicien enthousiaste et poète, Frédéric Morlot, a passé la semaine avec nous, on le retrouve ce matin pour un dernier entretien. Au sommaire du 5-6 également : la loi Loucheur (13 avril 1928) et l'invention du logement social. Et puis on passera un coup de fil à un avocat d'affaires qui a troqué sa robe pour un tablier : il vend des crêpes à Bombay.

S’il y a bien un endroit où l’on pensait être tout seul avec soi-même, où personne ne pouvait voir ce qu'il se passe (et dieu sait s’il s’en passe des choses farfelues), ce sont nos rêves. Eh bien peut-être pour plus très longtemps, car une équipe de chercheurs japonais est parvenu à lire en partie un rêve humain.

On dirait de la science fiction. Ces travaux de recherche on pourtant été publiés ces jours-ci dans la très sérieuse revue Science. L’institut international de recherche en télécommunication avancée, basé à Kyoto, a imaginé un dispositif de décodage des rêves.

Les chercheurs ont enregistré l’activité cérébrale de trois personnes, trois volontaires, pendant leur sommeil. A chaque fois qu’apparaissait sur l’écran d’analyse un signal correspondant à une phase de rêve, ils ont réveillé nos dormeurs pour leur demander quelle image ils venaient de voir en rêve, avant de les laisser se rendormir. Cela a permis de dresser un tableau de correspondance entre l’activité cérébrale et les images vues en rêve à ce moment précis, qui ont été classés par grands ensembles (nourriture, livre, véhicule, etc.) Une fois que cette base de données était complète, la lecture de l’activité du cerveau par IRM a permis à des algorithmes spécialement créés de deviner ce que voyait le dormeur dans son rêve grâce à l’apparition des signaux neuronaux.

La lecture des rêves est encore grossière, et on ne voit que des catégories d’objet, pas de couleurs par exemple. Mais la prévision s’est avérée exacte dans 60 à 70% des cas. Si les chercheurs branchés sur le cerveau du dormeur estiment qu’il a rêvé de nourriture, et que ce dernier au réveil confirme qu’il a rêvé de nourriture, c’est une prévision exacte. Ces travaux pourraient permettre de comprendre certaines maladies psychologiques ou encore de commander des machines par la pensée. C’est en tout cas l’ambition des Japonais.

La science se met à pouvoir décoder nos rêves, voilà qui est un peu effrayant. Mais ce qui me choque le plus, moi, dans cette histoire, c’est la méthode ! Au cours des expérimentations, chaque volontaire était réveillé dès que les ondes cérébrales rapportées par l’électroencéphalogramme indiquaient qu’il était entré dans une phase de rêve. Les scientifiques lui demandaient à quoi il était en train de rêver, puis le volontaire pouvait se rendormir ! L’expérience, organisée en période de trois heures, a été répétée sept à dix fois à des jours différents, pour chaque participant. Au cours de chaque période, les participants étaient réveillés dix fois par heure.

Réveiller quelqu’un dix fois par heure pendant trois heure et lui dire ensuite « c’est bon, tu peux te rendormir », c’est tout simplement monstrueux ! Je sais bien que ces gens étaient volontaires, peut-être même qu’ils étaient payés, mais c'est tout de même très cruel. Ce n’est pas vous, chers auditeurs du 5-6, vous qui vous levez très tôt, ou qui vous couchez très tard, ou qui souffrez d’insomnie… Non, ce n’est pas vous qui allez me contredire là-dessus.

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