On passe les frontières ce matin dans le 5-6. La frontière néerlandaise, d’abord, traversée quotidiennement par les touristes de la drogue. A Maastricht, un bras de fer s’est engagé entre les autorités locales et les patrons de coffee shop vendeurs de cannabis. Et puis une frontière un peu plus lointaine, au menu des oubliettes du temps : celle du système solaire ! Une frontière franchie il y a trente ans par la sonde Pioneer 10.

Si vous êtes sur la route ce matin, quelque part entre Paris et Colmar, et que vous croisez des gens en train de marcher, sans jamais s’arrêter, marcher à un bon rythme, alors que le jour n’est pas encore levé, sachez que ça n’a rien à voir avec la grève SNCF. Ils ne marchent pas parce qu’il n’y a pas de train, mais pour le plaisir ! Ils participent à la 31ème édition du Paris Colmar.

Le parcours : 435 kilomètres à pied. Un peu moins pour le parcours des femmes : 307 kilomètres. Ils sont une trentaine de marcheurs et marcheuses surentrainés à avoir pris le départ hier sur les Champs Elysées. L’arrivée de cette course inhumaine (osons le mot) est prévue samedi, après trois jours de marche. Pensez à eux si vous avez un coup de barre. Moi qui ai eu un peu de mal à me lever ce matin, j’ai pensé aux marcheurs du Paris Colmar et je me suis dit qu’à côté de ce qu’ils faisaient, se lever tôt, ce n’était vraiment pas grand-chose !

Le Paris Colmar est une course mythique qui est un peu tombée dans l’oubli. Dans les années 40, elle était pourtant très connue. Les organisateurs évoquent par exemple l’année 43 : il y avait 300.000 personnes sur la ligne l’arrivée pour accueillir les concurrents et une ferveur populaire qui portait les marcheurs.

Aujourd’hui, le Paris Colmar suscite moins d’enthousiasme et peine à attirer les sponsors, parce que les médias s’y intéressent peu. Eh bien ils ont tort, à mon avis, pour plusieurs raisons.

D’abord parce que la marche à pied connaît de plus en plus de succès. Il suffit de voir les marcheurs avec leurs bâtons et leurs grands gestes un peu partout en France : la marche nordique est à la mode. Le succès du dernier livre de Jean-Christophe Rufin est aussi un bon indicateur. L’académicien raconte son pèlerinage sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, son livre s’est hissé immédiatement en tête des ventes.

Dommage aussi de ne pas parler plus du Paris Colmar parce que c’est une course unique au monde, parce que la performance des ces marcheurs est exceptionnelle, parce que c’est beau à regarder ! Les marcheurs se dandinent avec grâce et pour la plupart, ils vont plus vite en marchant que moi en courant.

Dommage enfin parce que c’est un sport - et cela n’est pas si fréquent - dans lequel l’âge est un atout. Sans doute parce que c’est une épreuve aussi bien physique que psychologique (il en faut de la volonté et un moral d’acier pour avaler 400 bornes à pied !). Il suffit de regarder la liste des participants du Paris - Colmar : la plupart on la quarantaine ou plus. Dominique Bunel, l’un des favoris, a 45 ans. Gilles Letessier, dossard numéro 3, affiche 63 printemps. Et le grand favori, le russe Ossipov, 47 ans. Voilà un sport où plus forts ce sont les seniors, pour employer ce vilain mot en vogue dans le monde du travail. Et ne serait-ce que pour ça, on devrait en parler plus souvent.

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