Au sommaire du 5-6 : le "début de la fin" de la guerre de Cent Ans (bataille de Formigny, 15 avril 1450), un "critique de science" (le biologiste Jacques Testart) et l'impasse politique en Italie.

"La crise", Mana Neyestani. Extrait de "Tout va bien!"
"La crise", Mana Neyestani. Extrait de "Tout va bien!" © Arte Editions et "ça et là". / Mana Neyestani

C’est une courbe rouge, de celles qu’on voit dans les manuels d’économie, dans les journaux aussi beaucoup. Une courbe qui semble illustrer quelque chose qui va mal, serait-ce l’emploi, le niveau de vie ? En tout cas la courbe rouge plonge, les chiffres n’ont pas l’air bons, et elle traverse une fenêtre, dans un dessin par ailleurs en noir en blanc. Elle atterrit chez un monsieur, qui semble bien surpris de voir passer une courbe pas la fenêtre, et elle vient s’écraser sur la table du salon, qu’elle casse en deux, renversant au passage le repas, et une fleur dans son vase. Métaphore de la crise, bien sûr, qui atterrit à grand fracas dans le quotidien des gens, dans leur salon.

Ce dessin intitulé « la crise » est à retrouver dans un ouvrage magnifique et très intelligent, un recueil de dessins de presse tragi-comiques signés Mana Neyestani, « Tout va bien ! »

Mana Neyestani est un Iranien de 40 ans, dessinateur de presse depuis l’âge de 16 ans. Il a du quitter l’Iran après avoir été emprisonné pour l’un de ses dessins en 2006, il vit aujourd’hui en France, il a obtenu le statut de réfugié politique, mais il est resté l’un des porte paroles de la contestation du régime iranien.

Le trait noir et blanc, hachuré, rappelle celui de Claude Serre ou même de Roland Topor, sombre et très efficace. Le régime iranien prend évidemment beaucoup de place dans ce recueil, et notamment ce dessin titré « un président pacifiste » : Mahmoud Ahmadinejad, tout petit derrière son pupitre, à l’ONU, qui prononce un seul mot : « Peace ». Mais une colombe se fait poignarder au passage par la bulle de bande dessinée qui s’échappe de sa bouche. Là aussi, seul le sang et le rameaux d’olivier dans le bec de la colombe sont en couleur, le reste est en noir et blanc.

Les privations de liberté, la censure, le bruit de la guerre, autant de thèmes qui inspirent Mana Neyestani et son ironie du désespoir. Le dessin de couverture qui illustre le titre du livre, est aussi magnifique. Un homme transpire à grosse goutte, il semble très inquiet, ses yeux sont écarquillés, mais une main autoritaire brandit devant son visage une matraque, sur laquelle est dessiné un sourire au crayon nour. La matraque placée devant sa bouche, l’homme est souriant, tout va bien !

Qu’il est compliqué de décrire des dessins à la radio ! Je m’arrête là et vous recommande cet ouvrage, qui sort ces jours-ci, coédité par Arte Editions et « ça et là. » : « Tout va bien ! » de Mana Neyestani.

"Tout va bien!". Mana Neyestani.
"Tout va bien!". Mana Neyestani. © Arte Editions et "ça et là". / Mana Neyestani.
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