Hier soir, je suis allée voir « La Conversation » au théâtre Hébertot à Paris. Cette pièce écrite par Jean d’Ormesson a tout le charme de l’homme : elle est courtoise, bien ficelée et surtout habilement interprétée. La pièce dure 1h, comment s’ennuyer ? La mise en scène est minimaliste : 2 hommes (Maxime d'Aboville et Alain Pochet) conversent autour d’un bureau, il est tard, nous sommes aux Tuileries, entre 1803 et 1804, la France sort toute décoiffée, hirsute, de la Révolution. C'est un tournant de l’histoire du pays : Bonaparte est entré au Caire, à Venise, à Milan, il convoite la Grande-Bretagne et l’Europe toute entière, il n’est que premier consul et rêve de devenir Empereur. C’est là que l’écrivain facétieux, Jean d’Ormesson l’attend. Au tournant de son immense ambition. Il le fait converser avec son deuxième consul, Jean-Jacques Régis de Cambacérès, un homme à qui il ne cache rien. Une seule volonté anime le héros républicain : bâtir sa propre légende et en garder le contrôle… A l’apothéose de sa gloire, quand Bonaparte a la pleine conscience de ses succès, il devine que la France orpheline cherche une bribe d’éternité à sa tête. La France a besoin d’un symbole fort et voilà ce que dit Bonaparte à son 2e consul Cambacérès : « Je fonde une dynastie qui ne remonte qu’à moi et qu’à l’Antiquité », qui enjambe la monarchie. L’empire, démontre-t-il avec éloquence, c’est la république qui monte sur le trône. Jean d’Ormesson conclut cette conversation imaginaire par cette phrase terriblement actuelle, empruntée à André Malraux : « la politique est la forme moderne de la tragédie »

Et lorsqu’on voit la mise en scène de ce 2e débat américain, qui s'est achevé il y a quelques minutes, on se dit que la politique n'a rien à envier au théâtre. La moquette rouge remplace le rideau pourpre et le contrôle de la gestuelle est crucial. Nous en parlerons avec Céleste Owen-Jones, journaliste au Hufftington Post aux Etats-Unis, qui partagera les premiers échos de ce débat stratégique dans la course à la Maison Blanche -épilogue: 6 novembre!

Au programme de notre matinée ensemble: nous demanderons au mathématicien Antoine Rousseau si tout dans notre vie peut se traduire en formule savante ou s’il reste une place à l’inattendu, au non maîtrisé, à la magie. Ensuite nous poursuiverons notre tour d’Espagne. Et puis Colombe Schneck ouvrira les portes de sa bibliothèque intime avant que nous écoutions le récit, par un historien, de ce jour sombre, le 17 octobre 1961... jour où une manifestation d’Algériens à Paris fut sauvagement réprimée par la police…

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