J’ai envie de vous raconter une tranche de vie, une tranche de MA vie, une scène assez amusante à laquelle j’ai assisté hier. Nous étions, avec une poignée de journalistes invités à déjeuner avec le Premier Ministre Portugais en visite officielle à Paris. Pedro Passos Coelho est jeune, arrivé il y a 2 ans à la tête d’un pays dont tous les voyants étaient au rouge, en voie de faillite, il s’emploie depuis, à toute force d’en redresser les comptes. Le matin même il avait été reçu par JM Ayrault puis par François Hollande qu’il appelle d’ailleurs "FrançoisZHollande", en faisant la liaison, ce qui m’a beaucoup amusée et hier soir, il était félicité par le FMI pour ses prouesses budgétaires.

Le Portugal a accepté la tutelle du FMI de la BCE et de l’UE et applique à la lettre leurs recommandations. Est-ce à dire que l’Etat portugais vend en ce moment ses bijoux de famille ? Peut-être mais a-t-il le choix ? Récemment, électricité, aéroports et gaz ont été privatisés mais le bénéfice tiré –près de 6 milliards et demi d’€ au lieu des 5 escomptés- était tel que tout le monde s’en félicite. Parfaitement francophone, Pedro Passos Coelho est donc un homme politique sympathique qui arrive, à force de fermeté, d’intransigeance et de détermination de sortir son pays de l’ornière. Il nous a aussi parlé du mariage homosexuel voté il y a 2 ans dans ce pays fortement catholique mais dans lequel les adoptions et les PMA étaient restées absolument interdites. Au passage, il nous a signalé que, 2 ans après cette loi, le Portugal assistait déjà à ses premiers divorces homosexuels.

Mais la scène que je vais vous raconter est plus anodine. Vers 14h50, alors qu’un dessert au Mascarpone délicieux nous était présenté, j’entends que le souffle de mon voisin de table s’accélère. Je l’observe, il pianote fébrilement, sous la table, sur son tel portable. Et puis me montre : une dépêche URGENT nous apprend le dénouement tragique de la prise d’otage en Algérie, une vingtaine d'otages et 15 ravisseurs tués. C’est un carnage. En quelques secondes, le déjeuner change de tournure, l’agitation est perceptible chez la quinzaine de confrères journalistes présents qui font partie de grandes rédactions. Breaking News, éditions spéciales, papiers à boucler rapido presto. Rares sont ceux qui terminent leur Mascarpone, au moment du café, la table se vide à toute vitesse. Aucun protocole ne résiste à l’actu. Le PM, en fin politique, nous donne congé rapidement.

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