Un nouvel incident à Fukushima est venu réveiller les inquiétudes autour de la centrale nucléaire endommagée, au Japon. Lundi, on a appris qu’une panne inexpliquée avait brutalement coupé les systèmes de refroidissement des piscines de stockage de combustible usé. Ce matin, l’opérateur Tepco annonce que la panne est terminée, le refroidissement de ces piscines de stockage a pu reprendre. Mais voilà qui rappelle, une fois encore, la précarité de la situation à Fukushima.

Et voilà qui donne aussi de l’écho à une vieille histoire bretonne, celle du village de Plogoff. Un village qui avait été choisi, dans les années 1970, pour l’installation d’une centrale nucléaire. Un village isolé, au bout de la pointe Finistère, peuplé de femmes le plus souvent seules, les hommes étant pour la plupart en mer, et marins de l’Etat de surcroit. Ces gens-là ne feront pas d’histoire, évidemment ! Eh bien si, ils en ont fait.

Leur réaction est aujourd'hui célèbre en Bretagne, presque mythique : le village d’irréductibles bretons qui résistent contre l’envahisseur nucléaire, Plogoff ne veut pas de cette centrale qui viendrait défigurer la baie des Trépassés, la pointe du Diable, le cadre exceptionnel de cette pointe Bretagne. Elle a un petit côté Astérix, cette histoire, non ? C’était donc la moindre des choses qu’une bande dessinée vienne la raconter! C’est maintenant chose faite : une BD signée Alexis Horellou et Delphine Le Lay vient de sortir, qui raconte de manière précise et documentée cette histoire. C'est une bande dessinée sobre, en noir et blanc. Le dessinateur a choisi une ligne claire et épurée, très efficace et émouvant, une manière de ne pas en rajouter mais de montrer des paysages époustouflants qu’on a sauvé. Parce qu’il n’y a aura pas de centrale à Plogoff finalement ! En 1981, à son arrivée au pouvoir, François Mitterrand enterre définitivement le projet.

La lutte de Plogoff contre la centrale nucléaire a duré de 1974 à 1981, avec un point d'orgue en février 80, lors de l’enquête d’utilité publique menée sous la haute protection d’une armée de gardes mobiles, relayés par des parachutistes et armés de grenades lacrymogènes qu’il lanceront contre les habitants armés, eux, de cailloux. "Des pierres contre des fusils", c’était d’ailleurs le titre d’un documentaire, signé Nicole et Félix Le Garrec, sorti en 1980. Le plus savoureux, ce sont les camionnettes baptisées « bureau annexe de la mairie ». La mairie ne voulait pas de cette enquête d’utilité publique : les registres, obligatoires, ont donc été placés dans des camionnettes, en face de la mairie, sous haute protection. Et les habitants de Plogoff essayaient chaque jour de retarder la camionnette pour qu’elle ne soit pas à l’heure, afin de créer un défaut de procédure...

Émouvant passage de relais entre générations aussi, que cette bande dessinée. Les auteurs ont une trentaine d'année, et ce sont les auteurs du documentaire, Nicole et Félix Le Garrec, qui signent la préface. "Merci à Alexis et Delphine de reprendre le flambeau, écrivent-ils, de prêter aux vigiles de la pointe du Raz les ailes du neuvième art et leur regard tendre. Merci à eux de porter l’esprit frondeur de Plogoff et sa gouaille particulièrement iodée à la connaissance des jeunes générations."

Plogoff, de Delphine Le Lay et Alexis Horellou
Plogoff, de Delphine Le Lay et Alexis Horellou © Radio France / Delcourt

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/plogoff

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