Au sommaire du 5-6 ce matin : le Baron Rouge, la grippe aviaire en Chine, et une rencontre avec un astrophysicien féru de cosmologie.

Leon Vivien
Leon Vivien © Radio France / Capture d'écran page facebook

Je voudrais vous parler de Léon, c’est mon ami sur Facebook. Léon Vivien a 30 ans, il est enseignant. Il est très populaire sur Facebook, plus de 40.000 amis. Léon raconte sa vie, comme tout le monde sur le réseau social, me direz-vous. Sauf que la sienne se passe en 14-18, et que Léon est un poilu.

C’est une initiative du musée de la grande guerre de Meaux, un faux compte Facebook pour mieux faire connaître la vie quotidienne des soldats pendant la première guerre mondiale. Une manière de s’adresser aux jeunes générations en utilisant leurs codes, de rendre l’histoire vivante.

Léon a une photo de profil, bien sûr, en noir et blanc. Il est assez bel homme avec sa moustache. Il met en ligne des photos et raconte son quotidien de jeune soldat. Vendredi dernier, il a ému tous ses amis en publiant le statut suivant : « C’est annoncé, demain on monte en première ligne. Madeleine, souviens-toi que je t’aime. » Madeleine, la femme de Léon, est enceinte de leur premier enfant. Et le soir, une explosion. « Tant qu'on ne l'a pas vécu, écrit Léon, difficile d'imaginer le souffle d'une explosion, la façon brutale qu'elle a de faire vibrer la terre et vos organes, de vous entourer de cadavres et d'exhaler l'odeur de la mort, une odeur qui vous prend à la gorge, imprègne vos vêtements et jusqu'à vos pensées. »

Ses contacts Facebook, qui eux sont des « vrais gens », des internautes inscrits à ce profil virtuel, ont l’air sincèrement émus, on le perçoit dans les commentaires. Il faut dire que depuis quelques jours, on a appris à connaître Léon, ses virées au bar avec les copains de garnison, l’absinthe qui fait mal à la tête le lendemain matin, sa mobilisation (« Le médecin ne m’a pas trouvé trop chétif, écrivait-il ce jour là) ses coups de gueule aussi (« Tu parles d’une armée, il n’y a pas deux types qui ont le même uniforme. Avec le froid qu’il fait en ce moment, les gars se couvrent avec tout ce qu’ils trouvent, on dirait une troupe de chiffonniers. ») L’autre jour Léon s’est disputé avec son ami Anatole toujours sur Facebook : « Saleté de Fritz, ils sont coriaces, mais on leur fera payer ! », écrivait Anatole. Léon a répondu : « Toi tu leur feras payer ? Et comment ? Tu es réformé et content de l’être, non ? »

On commence à bien le connaître ce Léon, ce faux Léon, puisque le personnage est une invention complète. Rendre l’histoire accessible au plus grand nombre : la démarche rappelle un peu celle de Lorant Deutch, qui a vendu 2 millions d’exemplaires de son livre consacré à l’histoire de Paris, sauf que la rigueur de Lorant Deutch laisse à désirer, et c’est bien le problème. Un livre publié récemment « les historiens de garde » dénonce les erreurs historiques du comédien et l’accuse de parti pris idéologique. Pas de risque similaire avec mon ami Léon, puisque l’opération est encadrée par un historien : Jean-Pierre Verney, spécialiste reconnu de la grande guerre, contrôle toutes les anecdotes et les photos. Il a par exemple corrigé un statut avant sa publication : le mot « Boche » était employé à la déclaration de la guerre. Or ce terme « boche » n’est apparu qu’à la fin de l’année 1914. Début 14, on appelait plutôt les Allemands des « Prussiens ».

Le musée de Meaux n’a rien laissé filtrer sur le destin de mon ami Léon. Il faudra attendre la fin de l’opération pour savoir quel sort lui réserve la grande guerre. Il est à craindre que cette histoire finisse mal. Mais il ne faudra pas pour autant patienter quatre ans, la durée de la guerre. Oui, le temps passe plus vite sur ce Facebook : la fin de l’opération est prévue pour fin mai. N’hésitez pas à demander le jeune soldat en ami si vous êtes sur Facebook, il s’appelle Léon Vivien; A priori, même s’il ne vous connaît pas, il devrait vous accepter en ami !

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Leon Vivien © Radio France / Capture d'écran page facebook
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