L'histoire qui agite la Grande-Bretagne ces derniers jours concerne la mémoire d'un des animateurs stars de la BBC, Jimmy Saville. Elle montre à quel point nous sommes crédules et perméables aux légendes… Il faut dire que le scandale est retentissant. Jimmy Saville, figure fantasque et excentrique comme seule l’Angleterre sait en fabriquer, mort l’année dernière à 84 ans, aurait été un pédophile récidiviste tout au long de sa carrière. Certains s'en sont doutés mais personne n'a osé le dénoncer: "C'était difficile de parler, j'avais peur d'être une voix contre un million" explique une jeune assistante qui l'a surpris avec une fille de 14 ans sur les genoux, selon le Figaro. La police, qui lance tout juste une enquête, aurait déjà recueilli 200 plaintes et récits de jeunes gens, passés par ses fourches caudines. Et pourtant l’homme semblait irréprochable ! N’avait-il pas été anobli par la Reine ? N'avait-il pas clamé qu'il versait 90% de ses revenus aux oeuvres, n'était-il pas le parrain d'un hopital et d'un pensionnat dont il détenait d'ailleurs les clefs?

La prise de conscience est rude. Quel sortilège recèlent ces personnages charismatiques? Qu'est-ce qui explique que nous ayons tant de difficulté à les remettre en question, à les dénoncer, lorsque le flot de commentaires va dans le même sens, la direction ascendante, celle qui porte au pinacle? Que nous arrive-t-il? Sommes-nous plus perméables à l’engouement à l’heure où souvent tous les supports internet, télévision, magazines, s’entichent d’une même personnalité, l’encensent, se laissent appâter par les scénari de légendes faciles? Je pense ce matin à Lance Amstrong, déchu de ses 7 victoires du Tour de France. A qui l’Américain les a-t-il volées ? Comment a-t-il déjoué les test anti-dopage avec autant de cynisme et d’habileté ? Je pense aussi, dans un tout autre registre -évidemment- à Barack Obama, statufié de son vivant, "1er président noir à la Maison Blanche" dont ce 3e et dernier débat cette nuit montre à quel point le souffle manque. Légende vivante après des années de néo conservatisme, il est aujourd'hui à la recherche d'un second souffle dans une Amérique en crise.

Pourquoi les légendes ont-elles autant de prise sur nous? La vérité c’est peut-être qu’on aime être bercés, dorlotés, par des histoires cousues de fil blanc. Nos enfances en sont pétries, nos rêves restent attachés à ces figures un peu surnaturelles qui fonctionnent comme des astres dans la nuit. La différence c’est qu’aujourd’hui, les critères ont changé. L’ascèse morale, la clairvoyance, le charisme ont été remplacés par les atouts esthétiques, le caractère immédiat des qualités, la photogénie psychologique… aujourd’hui, il suffit d’une petite histoire pour entrer dans la grande. Mais la chute est souvent douloureuse.

PARTENARIAT AFP

Ce matin, nous appelons Patrick Fort, correspondant de l'AFP au Gabon.

Six danseurs africains sur scène avec la "Rage" (MAGAZINE) Par Patrick FORT LIBREVILLE, 21 oct 2012 (AFP) - Ils sont six danseurs africains de six pays différents. "La rage", du chorégraphe français Anthony Egea, les a réunis dans un spectacle mélangeant hip-hop, krump, danse contemporaine et traditionnelle pour dresser un portrait intense, et parfois politique, de l'Afrique. La troupe, qui joue actuellement dans les Instituts français en Afrique, poursuivra avec une deuxième tournée française puis en Europe l'année prochaine. "C'est une fenêtre ouverte sur l'Afrique contemporaine avec leur rage, leurs préoccupations, leurs centres d'intérêts (des danseurs)", confie Anthony Egea. Le spectacle met en scène différents tableaux de la vie africaine: une bagarre de rue, un combat de coqs, un dictateur et son trône mais aussi les "sapeurs congolais" ou les rencontres entre amis. Plein de fougue et de violence, le Krump, la danse apparue dans les bas quartiers de Los Angeles, après les émeutes aux Etats-Unis en 1984 et qui mime le passage à tabac de Rodney King, est un des fils conducteurs de la chorégraphie. "J'ai découvert le Krump tard: en 2007 avec le film +Rize+ (David Lachapelle 2005). Cela a été une révélation", avoue l'impressionnant Comorien Salim Mze Hamadi Moissi qui se "bat" contre quatre de ses collègues lors du spectaculaire ballet final. "Le Krump, j'ai tout de suite vu que c'était pour moi. Quand je krumpe, je suis moi, c'est spirituel même. Je parle de moi, je fais des grimaces. On est proche de la transe", poursuit-il. "Je crois que c'est le premier spectacle du genre avec du Krump", avance M. Egea dont la compagnie s'appelle "Rêvolution avec un circonflexe. Rêve et évolution" "L'idée, c'était de faire un spectacle avec le krump, mais d'incorporer le hip-hop avec de la danse contemporaine et la danse traditionnelle que chacun des danseurs a en lui. Je voulais amener le hip-hop là on on ne l'attend pas. Loin des baggies et des casquettes", explique le chorégraphe. "Mais, il faut passer d'une technique à l'autre sans qu'on le note. En quelque sorte, on crée une nouvelle danse", poursuit-il. Egea a choisi ses danseurs en les regardant évoluer dans différents ateliers lors d'une tournée précédente en Afrique. "Les gars passaient sur scène et je tombais de ma chaise. Il fallait absolument faire quelque chose avec ce talent et cette rage", se souvient-il. Le chorégraphe a alors sélectionné 6 danseurs (Mali, Congo, Gabon, Comores, Centrafrique, Burkina Faso) pour travailler en résidence à l'Institut français de Dakar. Le Gabonais Djaroule Mvou (hommage au rappeur Ja Rule avec qui il a une légère ressemblance) n'a "pas hésité une seconde: c'était une chance comme celle-là que j'attendais. Danseur en Afrique, c'est difficile". Né à Moanda (sud-est du Gabon), loin de la capitale, Djaroule, qui a commencé à danser en public dès l'âge de 13 ans, affirme avoir "galéré", malgré un "talent incroyable", selon Anthony Egea. Djaroule, 27 ans, qui a adapté son style pour le spectacle, évolue habituellement avec un masque et a créé ce qu'il appelle "la danse comique". Il y mélange hip-hop pur, contorsionnisme, acrobatie et "aussi du Charlie Chaplin, du Jim Carrey et du Mister Bean", précise-t-il. Pour vivre de son art, il se produit souvent dans des mariages pour 200.000 F CFA (300 euros). "Entre chaque mariage, il faut vivre. C'est dur", raconte le danseur, qui a fait du gardiennage pour joindre les bouts. "Sur scène, on se bat sans brutalité mais on montre qu'en tant qu'Africain on se bat avec la même énergie (que les animaux qui se battent pour vivre), avec toutes nos forces", raconte le Congolais Kirsner Tsengou, qui incarne à un moment du ballet un coq de combat. Originaire de Centrafrique, Raymond Siopathis trône comme un "dictateur africain" qui pourrait être l'empereur Jean-Bedel Bokassa. "Ca tombe bien parce que l'histoire me tenait à coeur (...). Le spectacle parle de politique parce qu'il parle de tout, de la société et donc de politique mais ce n'est pas la volonté à la base. Ca parle surtout de nous". pgf/cac

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