Pour commencer notre matinée ensemble, j’avais envie de vous parler de ce livre qui porte un très beau titre « l’Hiver des hommes ». Un ouvrage étonnant, un roman-reportage sur une population qui vit dans une enclave, au milieu de la Bosnie. Une enclave Serbe. Une petite région en vase clôt, avec ses souvenirs, avec sa guerre récente, qui vit avec la certitude qu’elle abrite et qu’elle conserve la race la plus pure. La pureté ethnique serbe. Ces hommes et ces femmes, qu’on fréquente au fil du livre, sont emmurés dans le désespoir, abandonnés de tous. Certains sont des criminels –la guerre s’est déroulée il y a à peine 20 ans. Ils ne nient pas avoir commis des exactions épouvantables contre leurs anciens voisins musulmans et croates. Dans cette ville meurtrie de trente mille habitants, persuadés d'avoir mené une guerre juste et de l'avoir gagnée, ces hommes et ces femmes se sentent aujourd’hui entourés d’ennemis. Ce qui est fou, c’est que peu à peu, on s’attache à ces personnages, développant une curieuse empathie à leur égard. On les voit se débattre avec leur propre conscience, dans la prison de leurs souvenirs. L’auteur, Lionel Duroy ne les juge pas, il passe simplement du temps, un hiver entier, avec ces Serbes de Bosnie. Ce livre nous apprend beaucoup sur par exemple la façon dont chacun, nous cherchons toujours à nous dépêtrer de notre propre histoire, plus ou moins glorieusement, et comment à terme, nous astiquons notre propre conscience jusqu’à ce qu’elle nous laisse en paix, sans remord. L'Hiver des hommes est un très beau livre sur la prison intérieure dans laquelle parfois on s’enferme, à en devenir fou. Cette République serbe de Bosnie est un vase clôt terrible, au cœur des Balkans et de l’Europe. Un livre à lire… L'Hiver des hommes , de Lionel Duroy, Julliard, 356 p., 20 €.

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