Un nouvel itinéraire dans le 5-6. Ce jeudi, nous passerons par le Tchad (où la protection des eléphants contre les braconniers prend des alures de guerre), par le Portugal (25 avril 1974, la révolution des oeillets) et par l'Italie (Allô l'Europe se penche sur la réélection de Napolitano à la présidence italienne). Poursuivons également notre exploration de l'Univers à ses débuts avec l'astrophysicien Jean-Loup Puget.

Voilà un livre que j’ai vraiment hâte de lire. Oui, je sais ce que vous pensez : encore une journaliste que va nous parler d’un livre qu’elle n’a pas ouvert ! En effet je ne l’ai pas encore lu, mais c’est parce qu’il est en italien, n’a pas encore été traduit, et que je ne parle pas italien malheureusement. Si j’ai hâte de lire ce livre intitulé In territorio nemico ("en territoire ennemi"), c’est que son processus de création est pour le moins original. Le projet a été lancé en 2007 par un jeune auteur, Vanni Santoni, qui a inventé l’écriture collective industrielle.

Ecriture collective : on voit bien. Ecrire à plusieurs, c’est parfois compliqué, mais c’est courant. En revanche l’écriture collective industrielle, c’est plus mystérieux. Vanni Santoni s’en expliquait l’autre jour dans le Corriere della Serra (que j’ai lu traduit en français dans courrier international). Ce roman a été écrit à 230 mains. 115 auteurs donc, des poètes, des blogueurs littéraires, des écrivains professionnels ou amateurs, plus quelque dilettantes, qui ont tous leur nom sur la quatrième de couverture.

Le principe de l’écriture collective industrielle, c’est la division du travail. Les 115 rédacteurs livrent des fiches ou des fragments de texte (sur les personnages, les lieux, la situation du roman, etc.). Les « compositeurs » choisissent ensuite les meilleurs avant de les soumettre à tous les participants par retour de mail, et ensuite on vote pour décider quel morceau on garde et quel texte on écarte. Ceux qui sélectionnent les textes, les compositeurs, n’écrivent pas : voilà la division du travail, comme sur une chaîne de production. Il a fallu quatre ans pour parvenir à une version finale validée par les 115 auteurs.

Le projet est beaucoup plus ambitieux qu’un simple cadavre exquis, où le texte passe de main en main et où chacun poursuit un récit commencé par quelqu’un d’autre. Là, tout le monde décide ensemble : c’est du cadavre exquis rationnalisé, démocratisé en quelques sortes. On imagine que Vanni Santoni a du s’arracher les cheveux à certains moments, mais ils sont parvenus finalement à un roman, publié en Italie la semaine dernière.In territorio nemico est une épopée chorale pendant l’occupation nazie. Le roman raconte l’histoire de trois amis séparés par la guerre et qui tentent de se retrouver après l’armistice. C’est publié aux éditions minimum fax.

Vivement qu’une version française sorte en librairie, donc ! La question qui se posera tout de même est la suivante : comment rendre hommage dignement à l'aspect collectif de l'entreprise si on en prle sur France Inter à sa sortie? 115 invités en studio, je crains que ça fasse beaucoup...

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