Les ingrédients du 5-6 ce matin : Mythologies , de Roland Barthes (qui est mort un 26 mars, en 1980), coup de projecteur sur le bouzcachi (sport national afghan à cheval) et puis un hommage à Jean-Marc Roberts par Colombe Schnek. Vous entendrez aussi le "blues du chercheur" : Pascal Depaepe est archéologue, passionné par son métier comme au premier jour mais épuisé de devoir rendre des comptes, justifier son travail, réclamer des crédits…

Alors voilà, quand on est médecin, il vaut mieux ne pas raconter tous les soirs sa journée de travail, ça risquerait de dégouter, d’effrayer la famille et les amis. Mieux vaut écrire. C’est ce que fait Baptiste, un jeune interne en médecine dans le Gers. Il a 27 ans, il travaille aux urgences, et il est l’auteur d’un blog savoureux. « Alors voilà », c’est le nom de ce blog et c’est ainsi que démarrent tous les billets.

Alors voilà, c’est drôle souvent, c’est touchant, c’est triste à pleurer parfois, c’est tragique, c’est lumineux. Et ce sont des histoires vraies. Baptiste raconte son quotidien avec humilité, jamais avec désinvolture.

Alors voilà, c’est par exemple l’histoire de Monsieur A, 18 ans, conducteur malheureux. « A gagné l'EuroMillion des fractures, écrit notre jeune interne. Son corps est comme un sac à osselets qui fait Drelin-Drelin quand on le secoue. Il sera opéré dans la matinée. Avant d'être opéré, Monsieur A veut son téléphone portable pour appeler sa copine et ne cesse de répéter "heureusement, j'étais seul dans la voiture". C'est l'amnésie des faits - habituelle chez le traumatisé crânien ou le syndrome post-traumatique. Sa copine, la passagère du véhicule, 17 ans, est morte sur le coup. » Mais personne ne le lui a encore dit. Le billet est titré « lâcheté matinale », parce que Baptiste doit aller lui dire, et qu’il ne veut pas y aller.

Alors voilà, l’auteur raconte aussi parfois les histoires des autres, celles de ses confrères. Par exemple, cette histoire racontée par un certain « père castor » :

« Alors voilà, l'équipe SAMU appelée dans un cirque à cause "d'un petit incident avec un tigre". Vous jugerez de la pertinence d'une telle litote, écrit Baptiste : pas sûr qu'il existe vraiment de "petit" incident quand on parle d'un tigre. Nous arrivons, raconte Père Castor, et là : un nain fanfreluché qui court, une femme gigantesque serrant contre elle un lama, une centrifugeuse fonctionnant toute seule qui envoie des boulettes de barbe-à-papa dans l'air et, par terre, un morceau de steak qui traîne.

Ah, non, en fait, c'est un bout d'avant-bras. Débarque un petit gros barbu, habillé en vicomte, qui dit « suivez-moi, suivez-moi, il saigne ».

On ne l'a pas contredit parce que, avec ce bout d'avant-bras sur le sol, ça nous paraissait plus que vraisemblable que quelqu'un saigne quelque part. Le Vicomte ouvre une tenture et on voit, étendu sur de la paille, Bozzo le clown, dont le moignon fait "Pshiiit-Pshiiit" telle une canette de coca secouée. Son maquillage dégouline, il pleure, il gémit, il hurle, une femme en tutu rose pleure aussi, derrière eux une cage avec un tigre gros comme un autobus qui feule en direction du clown. Le vicomte de dire :

  • Il a encore faim ce con !

Je me suis dit que c'était normal, raconte Père Castor, puisque le lambeau d'avant-bras était resté par terre, juste grignoté, et qu'après ce qui s'était passé, personne n'avait dû penser à donner son repas du soir au félin. »

Mais savez-vous ce qui a le plus marqué Père Castor cette nuit-là ?

Il avait gardé son faux nez rouge ! Le clown avait encore son faux nez rouge ! »

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