Debout tout le monde, un peu de nerf, on a de la route ce matin dans le 5-6 ! Je vous emmène au Mexique, en Turquie, à Lyon et à Hollywood. Tenez, on ira aussi ramasser des petits morceaux de météorites au passage...

Décidemment, le cinéma semble vouloir nous remettre les pieds sur terre. Terminé le rêve, terminés les paillettes et le tapis rouge. Une fois passé l’enthousiasme autour de la palme d’or française, attribuée à Abdelatif Kechiche, on apprend que les méthodes de travail du réalisateur pendant le tournage sont dénoncées par les techniciens. On réalise aussi que Kechiche n’a pas du tout cité, dans ses remerciements, la bande dessinée dont son film est une adaptation : « le bleu est une couleur chaude », BD signée Julie Maroh. Et puis, histoire de vraiment retomber de mon petit nuage, j'ai lu dans le New York Times qu'on utilise désormais l’analyse statistique pour améliorer les films.

« Oubliez les zombies, écrit Brook Barnes, ceux qui envahissent Hollywood, ce sont les analystes de données. » Les data-crunchers, en anglais, sont des spécialistes de l’analyse statistique, « les mêmes qui ont remodelé le marketing en ligne ou la politique », explique le New York Times. Ils vendent aujourd’hui la promesse du scenario parfait. « Le scenario, c’est l’un des derniers bastions de Hollywood où la créativité et l’instinct perdurent encore », se désole Brook Barnes, peut être plus pour longtemps. Un ancien prof de statistiques, Vinny Bruzzese, « le savant fou qui règne sur Hollywood », comme le surnomme l’un des studios qui fait appel à lui, propose un service qu’il a baptisé « l’évaluation de script ». Pour 20.000 dollars, Vinny et son équipe comparent le genre et la structure du scenario à ceux de films déjà sortis et ils recherchent les signes annonciateurs du succès. Sa société s’appuie sur une vaste base de données qui lui permet de savoir ce qui marche ou pas. Les conseillers en écriture, les « scripts doctors », participent depuis longtemps, précise encore le quotidien new-yorkais, au processus de fabrication des films. Mais ce qui est nouveau, c’est l’ingérence des statistiques dans ce travail de conseil.

Voici un exemple de statistique appliquée au conseil scénaristique ! « Nous avons constaté que les scènes de bowling apparaissent souvent dans les films qui ne rencontrent pas le succès, dit ce bon vieux Vinny Bruzzese. Il donc peu judicieux, statistiquement, d’en inclure une dans votre script ». Imparable. Les scènes d’invocation de démons et de table qui tournent, on oublie aussi, tout comme les super-héros névrosés.

Nous n’en saurons pas beaucoup plus, la statistique du scénario doit garder ses petits secrets… et les studios de Hollywood refusent de dire quelle modification ils ont apporté à tel ou tel film sur la base des conseils de Vinny. Mais les scénaristes, évidemment, crient au scandale, expliquant que cette méthode est l’ennemi numéro 1 de la créativité. Et Vinny Bruzzese se défend avec un argument… que je trouve très agaçant ! « Tous les scénaristes pensent que leur bébé est beau, dit-il. Je suis là pour leur ouvrir les yeux, parfois les bébés sont laids. »

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