Je suis allée au théâtre hier voir une pièce classique décoiffante : une comédie en 5 actes de Pierre Corneille mise en scène aujourd’hui, sans que cela ne heurte d’aucune façon l’œil des puristes. Exit les robes à vertugadin, les décolletés pigeonnants, les redingotes en velours et souliers vernis, place aux bottes et vestes en cuir, aux smokings de coupe moderne, aux coiffures simples et au décor minimaliste : une grande pièce jaune entourée de portes vitrées… Cette pièce symbolise un salon particulier, place des Vosges à Paris, dans lequel se nouent et se dénouent des histoires d’amour. D’ailleurs la pièce qui s’intitule « La place Royale » porte le sous-titre éloquent : « l’Amoureux extravagant ! ». il faut dire que le personnage principal, Alidor joué par Denis Podalydès, vit une histoire d’amour sans nuage avec Angélique jusqu’à ce qu’un démon l’assaille : celui de sa propre liberté. Alidor idolâtre son indépendance et cela le rend féroce. Il n’écoute plus l’élan de son cœur et s’évertue à décourager l’Amour d’Angélique. Il préfère convoler librement plutôt que de se retrouver lié par le mariage à celle qui l’a conquis. Corneille a écrit cette pièce à 28 ans, comme un prodige, dans un style qui semble plus proche de la farce que de la haute comédie.

Car le seul ornement de cette comédie, c’est l’Alexandrin.

Pendant toutes les 2 heures du spectacle, je me suis demandée par quelle magie cette langue qui n’a jamais été parlée par personne ni à aucune époque nous parvient-elle avec autant de clarté ? Comment l’esprit se plie si bien à cette musicalité, à ce rythme si particulier ? Là, dans cette pièce qui est jouée au théâtre du Vieux Colombier, tout semble limpide dès la première scène. 12 pieds, il semble que dans la vie courante, on marche avec ! Corneille fait usage de notre langue, avec une science et une intelligence merveilleuse. Et dire que la pièce, depuis 1634, date de sa création, n’a jamais été montée à la Comédie Française ! Courez-y, c’est au théâtre du Vieux Colombier, et elle est programmée jusqu’au 13 janvier prochain.

Au menu de notre matinée ensemble, on découvre la genèse d’une passion scientifique : comment devient-on assyriologue, spécialiste de la Mésopotamie? Réponse dans 10’ avec Dominique Charpin qui nous apprend d’ailleurs que la division de nos journées en 24h date de cette civilisation, il y a plus de 40 siècles. Et puis nous partirons, à 5h25, vers la Russie. A Moscou, on chasse les chiens errants, on les traque, on les empoisonne parfois, dans les jardins publics car ils prolifèrent dans la ville, de quoi faire bondir les défenseurs des animaux. Et puis à 6h-10, nous revenons 80 ans en arrière. Au cours d’un mois de novembre 1932 déjà bien sombre à Paris… c’est l’époque où paraît un roman qui va révolutionner les consciences et la littérature française. Une lueur dans le petit monde des lettres : la parution du Voyage au bout de la nuit, de Louis Ferdinand Céline. Un chef d’œuvre dont nous parlerons en toute fin d’heure ensemble.

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