Il existe une paranoïa constructive, qui vous sauve chaque jour un peu la vie. C’est ce que raconte un éditorial, qui m’a fait beaucoup rire hier, trouvé dans l'Herald Tribune. Voilà un propos très américain, qui dit en substance : soyez prudent, laissez-nous vous surveiller, nous vous sauverons la vie. Ce que raconte l’auteur de l’édito, professeur de géographie à Los Angeles, c’est que par exemple, lorsqu’il voyage en Nouvelle Guinée, il fait attention à ne pas planter sa tente sous un arbre mort, car celui-ci a une chance sur 1000 de tomber sur lui durant la nuit. Idem dans sa douche où chaque matin, il se cramponne bien aux parois de peur d’être l’un de ceux qui aura le fémur cassé pour avoir glissé par inadvertance. Et tout est à l’avenant: en voiture, au bureau, chez son primeur. Pourquoi vivre dangereusement se demande l’auteur quand la vie est si fragile ? Il ajoute, qu’il faut lire des faits divers, être spectateur des accidents des autres pour devenir prudent et s’éviter le maximum de risques. Drôle de propos qui m’a laissée un peu pensive. La vie est tellement inattendue...

Un peu de paranoïa constructive, c’est ce que proposent nos pouvoirs publics en agitant des menaces terroristes parfois de façon excessive, en nous déshabillant à l’aéroport et en nous empêchant de rouler à 137 km/h sur l’autoroute. Aux Etats-Unis, un des patrons du FBI a récemment justifié la surveillance de tous par tous en disant aux Sénateurs :

"Dans un grand pays comme le nôtre, qui compte plus de 300 millions d'habitants, et où coexistent des idéologies et des croyances différentes, il est presque impossible de deviner à quel moment quelqu'un va tout à coup commettre un acte épouvantable" ( Michael Clancy est " l'un des plus hauts responsables du FBI " selon l' AFP . Septembre 2012 devant le Sénat américain, il déclarait que maintenir " un peu de paranoïa ne fait pas de mal " pour mobiliser les Américains et " faire trébucher " les terroristes.)

En tout cas, la récente étude du CEVIPOF publiée jeudi dernier dans le Monde corrobore l’idée selon laquelle les Français sont de plus en plus frileux à l’égard de la vie et de leur entourage : 78% des sondés partagent l'avis qu'"on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres" et 61% perçoivent la mondialisation comme "une menace pour la France".

Aussi, ils préconisent, "pour l’avenir un redressement de l'autorité et repli sur le pré carré"... d’où une montée de la xénophobie, et une défiance croissante, qui apparaît clairement dans l’étude à l’égard desmédias, de l'immigration, de l'islam.

Réagissez à cette idée de paranoïa en nous écrivant vos commentaires. On en reparlera.

Mais pour finir, je vous livre cette phrase de Pierre Desproges « Ce n’est pas parce que je suis paranoïaque qu’ils ne sont pas tous après moi ».

Références:

Harvard Business Review http://hbr.org/2002/07/when-paranoia-makes-sense/ar/1

Article du Herald Tribune - édition du 30/01/13 http://hbr.org/2002/07/when-paranoia-makes-sense/ar/1

Etude Cevipof synthétisée par l'AFP: Les Français début 2013: pessimisme, défiance, xénophobie et repli (PAPIER GENERAL) Par Thierry MASURE PARIS, 24 jan 2013 (AFP) - Pessimisme sur l'avenir du pays, défiance massive à l'égard de la mondialisation, de l'Europe, de la démocratie, des médias, de l'immigration, de l'islam : un sondage Ipsos publié jeudi manifeste un repli sur soi de la société française. "Les Français - du moins la grande majorité d'entre eux - semblent avoir peur de tout" et, quand ils se prononcent sur les "moyens de redressement, ils répondent: redressement de l'autorité et repli sur le pré carré", a commenté l'historien Michel Winock pour Le Monde, commanditaire de cette enquête avec la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof (Sciences-Po). D'après cette étude réalisée ce mois-ci par internet auprès d'un échantillon représentatif d'un bon millier de personnes, une sur deux (51% contre 49%) se dit certaine que "le déclin de la France est inéluctable" (une conviction ancrée chez 77% des sympathisants du Front national). Ce sentiment est fondé sur la pénurie de travail, le chômage, cité par 56% des sondés, surpassant tous les autres sujets de préoccupation. Plus on entre dans le concret, plus ce sentiment est fort: 90% trouvent que "la puissance économique française" a décliné, 63% que tel est aussi le cas pour le rayonnement culturel. Il va de pair avec une frilosité extrême et une exigence de protection. Ainsi, 78% des sondés partagent l'avis qu'"on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres", 61% perçoivent la mondialisation comme "une menace pour la France". La défiance l'emporte dans quasiment tous les domaines. Concernant la politique, 72% affirment que "le système démocratique fonctionne plutôt mal en France", car leurs idées "ne sont pas bien représentées", et 62% vont jusqu'à dire que les responsables publics "sont corrompus" (un sentiment partagé par 51% de l'électorat de gauche). Les médias sont éreintés: 58% pensent qu'ils "font mal leur travail", 72% que les journalistes "sont coupés des réalités", 73% qu'ils "ne sont pas indépendants". Les jugements sont plus ambivalents à l'égard de l'argent et de la justice sociale. 71% des sondés trouvent que "c'est bien de vouloir gagner beaucoup d'argent" même s'il "a corrompu les valeurs traditionnelles". Si 58% sont pour "prendre aux riches pour donner aux pauvres", ils sont presque aussi nombreux (56%) à penser que "les chômeurs pourraient trouver du travail s'ils le voulaient vraiment". Pour s'en sortir, les sondés comptent sur l'Etat-nation: près des deux tiers (65%) estiment qu'"il faut renforcer les pouvoirs de décision de notre pays même si cela doit conduire à limiter ceux de l'Europe". Mais très majoritairement (72%), ils sont pour le maintien de la France dans la zone euro. 29% seulement jugent que "l'immense majorité des immigrés qui se sont installés en France ces trente dernières années est bien intégrée". 70% partagent l'idée qu'"il y a trop d'étrangers en France", 46% que "pour réduire le nombre de chômeurs, il faut réduire le nombre d'immigrés". 57% jugent même que "le racisme anti-blanc est assez répandu en France". Si les religions catholique ou juive sont jugées dans l'ensemble tolérantes, 74% sont d'avis que ce n'est pas le cas de la religion musulmane qui, pour 74% des personnes interrogées, "n'est pas compatible avec les valeurs de la société française". "L'intégrisme religieux en France" préoccupe 77% des sondés. Selon Michel Winock, "les ingrédients du populisme sont là et dépassent les rangs des électeurs de Marine Le Pen". Pour relever ce qu'ils considèrent être les principaux défis, les Français misent sur l'autorité. 87% sont globalement d'accord avec l'idée qu'"on a besoin d'un vrai chef en France pour remettre de l'ordre".

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