Proche de François Hollande et par ailleurs spécialiste des questions de sécurité au PS, Julien Dray est tête de liste socialiste dans le Val de Marne pour les régionales. Il est l'invité de Patrick Cohen.

Aujourd’hui vous lisez les sondages à quatre jours des régionales. Qu’est-ce qui pourrait empêcher le FN de gouverner une, deux ou trois régions ?

Que les citoyens se demandent non pas qu’est-ce que la République peut faire pour mais qu’est-ce que je peux faire pour la République. Alors que la France est devenue un symbole de liberté, elle se replie sur elle.

La vague continue de monter.

Il ne faut pas dramatiser les choses, il ne faut pas crier au loup. En Île-de-France tout le tissu associatif est menacé par la victoire de la droite.

Ne pas dramatiser, les appels du monde culturel, du MEDEF, de la presse locale, c’est contre-productif ?

La Voix du Nord fait juste un travail pédagogique. On regarde maintenant la réalité du programme du Front national. On a des curieuses surprises. Le programme de Marine Le Pen a des copier-coller contradictoires. Les journalistes font leur travail d’information : évidemment, ça devient insupportable pour le Front national.

Je vais prendre un exemple ahurissant. Hier en meeting j’entendais les déclarations de Marion Maréchal Le Pen. Il faut qu’elle parle avec son grand-père ! Elle a dit : « Les musulmans ne peuvent être Français que sous condition »

Son grand père était pour l’Algérie française, à l’époque la djellaba ne lui posait pas de problème. Mais la France ce n’est pas un uniforme, ce n’est pas une religion, ce n’est pas une coiffe, ce n’est pas la coiffe bretonne ou le béret basque ! C’est une diversité qui se fait au travers d’une volonté de vivre ensemble. […]

La France n’est pas chrétienne elle est républicaine. Ce n’est pas la même chose. Elle s’est battue pour la laïcité.

Je reviens vers la charge du MEDEF. Le Front de gauche dit qu’elle est contre-productive.

Même si ces derniers temps on s’est beaucoup disputé avec Jean-Luc Mélenchon, là, je suis plutôt d’accord avec lui. Je ne suis pas certain qu’il nous rende service. On devient le candidat des patrons, pour ceux qui sont chômeurs et qui ont l’impression que les grands patrons s’en mettent plein les poches c’est facile de dire « regardez ce sont les candidats de l’establishment ».

La bataille se mène de la façon suivante : plus de 62% des Français pensent que le Front national donne une mauvaise idée de la France.

La seule progression est liée à l’abstention. Si on s’abstient on vote Front National aujourd’hui.

Fusion et désistement on va en reparler dimanche soir ?

Il y a une bonne formule de Cambadélis qui dit « je ne mets pas le caleçon avant le pantalon ». J’attends le deuxième tour.

Je vais vous donner un témoignage de terrain : avant l’hommage rendu on sentait un total éloignement de nos citoyens. Autant depuis ce week-end on sent qu’il se passe quelque chose. Dans les heures qui viennent il faut que chacun autour de lui il faut se poser cette question simple : « la France, au soir du deuxième tour, va-t-elle se réveiller avec une gueule de bois ? ». Et bien moi je pense que non.

Depuis deux semaines nous sommes en état d’urgence vous êtes à l’aise avec ça ?

Je le redis on n’est jamais à l’aise en tant qu’homme de gauche avec l’état d’urgence. Ça conduit toujours à des dérapages.

Il y en a déjà eu ?

Il n’y a pas eu de dérapages excessifs comme à d’autres périodes de l’histoire.

C’est une parenthèse qui est liée à l’urgence.

A chaque fois que les démocraties se remettent en cause dans la lutte contre le terrorisme elles perdent leur indenté et parfois elles deviennent pire que le bourreau.

Que répondez-vous à ceux qui veulent que les interdictions de manifester soient levées ?

L’objectif c’est de revenir à une situation normale.

Sauf que Manuel Valls hier a dit qu’il pourrait prolonger l’Etat d’urgence de trois mois.

C’est le Parlement qui décidera, il faudra voir les risques à ce moment-là. Concernant les manifestations de dimanche, il ne faut pas non plus prendre tout le monde pour des imbéciles. On sait que dans tous les rassemblent internationaux il y a des groupuscules de l’ultragauche (pas de l'extrême-gauche, que je respecte) qui les manipulent.

Jean-Christophe Cambadélis disait dimanche : les déchéances de nationalité, on savait que ça n’avait aucune efficacité mais on voulait faire plaisir aux Républicains. C’est curieux ?

Dans la lutte contre le terrorisme, ce n’est pas la mesure essentielle […] mais symboliquement on voulait montrer que la France ne pouvait pas accueillir en son sein ceux qui voulaient la faire sauter.

"Les djihadistes sont souvent des jeunes en rupture avec la société qui instrumentalisent la religion"

(Auditeur) Je m’abstiendrai car j’en ai ras-le-bol de cette classe politique inactive et incompétente.

La question était de savoir si en 2002 la gauche était trop dispersée. Je ne suis pas en train de vous culpabiliser. C’est une question citoyenne.

Je ne suis pas un politicien je suis un homme politique engagé.

Je ne suis pas en train de vous faire une leçon de morale, je suis en train de vous dire attention à ce qui va se passer.

Attention à la facilité qui consiste à dire "tous pourris". Diriger le monde dans un contexte aussi complexe, ce n’est pas aussi simple que cela.

(Auditeur) Depuis 40 ans que je vote, je ne me suis jamais reconnu, mon vote n’a servi à rien.

Quand tu dis que ton vote n’a servi à rien, ce n’est pas vrai. En 1981 il a servi à abolir la peine de mort ! Qui peut le plus, peut le moins donc allez voter.

(Auditeur) Est-ce que la gauche ne s’est pas trompée dans ses combats. La gauche est anticléricale, il faudrait qu’elle reprenne le combat des idées.

Il y a deux combats dans la gauche : le combat anticlérical et le combat laïc. […] Ca a toujours été la synthèse entre les deux qui a fait la force. Le combat philosophique des idées, elle ne l’a pas assez menée.

Il y a aussi une gauche qui pense que les musulmans sont des opprimés qui doivent être défendus non pas comme religion mais socialement.

Ils sont d’abord opprimés sur le plan social car ce sont les derniers arrivés sur le sol français. La radicalisation ce ne sont pas des croyants, ce sont des jeunes souvent en rupture avec la société. Ceux qui croient ce Dieu-là doivent aussi se mobiliser.

(Twitter) Beaucoup d’internautes n’acceptent pas cette culpabilisation. On reviendra aux urnes quand les politiques serviront le peuple.

Je sais qu’il faut un choc. Je préfère cette colère qui s’exprime car je sais qu’elle sera porteuse d’une réflexion. Je n’ai pas eu l’impression que François Hollande avait dit qu’on allait tout changer pendant sa campagne.

C’est un prétexte un peu facile de tout remettre sur la faute des politiques.

La question du service civique des jeunes est au cœur de l’actualité. Il faut faire cela aussi.

(Auditeur) SOS Racisme n’a-t-il pas été absorbé par la politique ?

Après les élections je vais prendre le temps de revenir, je vais écrire. SOS racisme c’était il y a plus de trente ans. Un mouvement d’opinion qui existe pendant trente ans, ça n’existe pas. Je me suis fait des reproches, je pense que le deuxième septennat de François Mitterrand n’était pas à la hauteur de nos attentes.

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